Jean Foucault est passionné depuis longtemps par la pomme de terre. Quoi de plus normal qu'en cette année déclarée "année internationale de la pomme de terre" il soit l'invité de la Toile de l'Un pour nous en faire tout un plat…
Merci à lui. Retrouvez-le avec son panier garni sur son site personnel.

INTERIEUR

Je préfère peler les pommes de terre une fois cuites à l’eau plutôt que de les éplucher crues. Mes raisons ?
Après une petite incision il suffit de détacher chaque lamelle en veillant à éviter les adhérences : si, par mégarde, demeure attaché un morceau de chair je ne le jette pas, je le détache et le mange tout de suite.
Cela est évidemment impossible lorsqu’on épluche les pommes de terre avant la cuisson : les copeaux comportent deux faces, l’une encore terreuse, brune, et l’autre humide, jaune.
Dans la première opération, le légume conserve sa forme initiale sans la peau, sa nudité est totale ; dans la deuxième nous avons affaire à une forme qui fut manifestement manipulée avec toute la brutalité d’un geste nécessaire.
En d’autres temps j’aurais tiré de ces lignes quelque conclusion en forme de fable, mais ma fatigue est grande. J’aime mieux m’attarder seul dans cette cuisine aux reflets roux.

Jean-Marie Le Sidaner
paru dans RIVAGI NAIRES N° 15, p 96 : « L’alphabet du monde »

 

 

La pomme de terre dans l’histoire

 

La pomme de terre est née dans les Andes, en Amérique du Sud, et les paysans de cette région en cultivent encore plusieurs milliers de variétés dont une très dure pour l’hiver qui se conserve et se suce comme une glace.
En « découvrant » l’Amérique Christophe Colomb et sa suite ont donc découvert non seulement un continent, mais aussi LA pomme de terre, peut-être plus importante pour la survie de l’humanité. Le mot « papa » dont les Espagnols feront « patata », vient du quechua, langue indienne parlée notamment au Pérou.

Le topinambour, qui a parfois remplacé la pomme de terre, dans les périodes de disette (guerre), doit son nom au peuple indien du Brésil, les tupi-nambou membres de la grande famille des tupi-garani (Brésil, région de Rio de Janeiro où les français ont débarqué).
Tout cela se passe au XVIe siècle, et c’est deux siècles plus tard que le fameux Parmentier va donner son essor en France à la consommation de la pomme de terre. 2008 est consacrée Année Internationale de la pomme de terre par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agriculture), soulignant qu’elle est l’un des éléments nutritifs fondamentaux pour garnatir la sécurité alimentaire des générations présentes et futures.

L’histoire de la pomme de terre accompagne donc l’aventure humaine et il n’est pas étonnant que les poètes et écrivains l’évoquent dans leurs textes.
Et cela commence très tôt, avec des mythes Indiens qui expliquent l’arrivée de la pomme de terre et du maïs dans les communautés humaines, les aventures du rusé Leuk le lièvre qui trompe Bouki la hyène lorsqu’ils cultivent un champ ensemble. Bouki se fait attraper par la beauté des fleurs de patates : il décidé qu’à la récolte il gardera pour lui ce qui est au-dessus de la terre, tandis que Leuk devra se contenter de ce qui est en dessous. Le piège ouvert par Leuk s’est refermé : c’est lui qui a de quoi manger l’hiver, tandis que Bouki n’a plus que les fleurs fanées !

La pomme de terre dans la langue

 

En langage populaire nombreuses expressions autours de la pomme de terre (« patate chaude, « va donc eh ! patate ! », …) et tout le monde connaît la fameuse ritournelle : « lundi des patates, mardi des patates, etc. ».
Les Belges adorent les frites on le sait (et nous aussi un peu, non) et le chanteur Daniel Hélin en a fait une chanson « La Fritounette ».
En France on dit tantot « pomme de terre », tantot « patate », sans trop bien savoir pourquoi. Il semble que l’un ne soit pas seulement « populaire » comme on pourrait le penser : la langue exprime là le cheminement historique complexe de l’arrivée de la pomme de terre en France, venant par l’Espane ou par les pays germaniques (« kartoffen » , mais on avait aussi cartofe dans certaines régions françaises, mot encore utilisé parfois).
Les lettons (de Lettonie) la connaissent bien, ils l’appellent « notre second pain ». Le mot vietnamien pour désigner la pomme de terre est « tubercule de l’ouest » puisqu’elle a été apportée par les français au XIXIe siècle. Elle joue toujours un grand rôle dans ce pays, la « soupe de Hanoi » étant à base de pommes de terre et de carottes, et non de nouilles chinoises comme la plupart des soupes de la région. Au Nigeria on appelle la pomme de terre « la patate douce des Blancs ».
Les noms des variétés de pommes de terre en font rêver plus d’un. La petite ratte, la vitelotte, la belle de fontenay, la Mona Lisa. Dans un poème pour enfants déjà ancien paru dans Attrapoêmes (1987), Pef évoque les noms de variétés qu’il a retrouvé dans une page de dictionnaire du début du XXe siècle.

La pomme de terre dans la littérature

Les romanciers et poètes se sont intéressés à la pomme de terre (Francis Ponge, Jean Follain, Gulya Illyes, Marguerite Duras, Jean-Paul Pouy,…), ainsi que les peintres (Van Gogh, Cueco) et les cinéastes (Agnés Varda et son film les Glaneurs), les photographes (Jean-Louis Gonterre),… Pour les poètes j’ai relevé deux prix Nobel, tous deux de régions fortement marquées par le féculent : Pablo Neruda au Chili, qui a réalisé une Ode à la patate (Oda a la papa), parue dans son recueil Odes élémentaires ("Papa te llamas papa y no patata, no naciste con barba, no eres castellana). Et Seamus Heaney, d’Irlande du Nord, qui a beaucoup écrit sur les pommes de terre et les tourbières. Ecrits sérieux ou moins sérieux, comme dans cette évocation de l’enfant qui s’amuse à faire tourner très vite la roue d’un vélo renversé et y lance notamment une pomme de terre :

Quand on y lançait
Une pomme de terre, le tournoiement de l’air
Vous renvoyait au visage une purée vaporeuse 

Restons un instant en Irlande. Pendant la grande famine des Irlandais, famine provoquée par le système agraire imposé par l’Angleterre, les indiens Chow chow, en lutte comme eux contre les Anglais, se cotisent et leur envoie une centaine de francs or afin de les soutenir, ce qui est une somme assez considérable à l’époque. J’aime que la pomme de terre puisse ainsi rassembler les peuples. Quand on pense à toute la mythologie véhiculée autour des Indiens en Occident, il me plait de pouvoir rapporter ici cet épisode qui rend hommage et aux Indiens et à la pomme de terre.
C’est pourquoi je développe cette année des activités poétiques (publications, exposition, soirée de lecture de textes de poètes du monde entier « Modeste éloge à la pomme de terre ».

Je propose à ceux qui le souhaitent de transmettre :

des informations sur des poèmes qui met la pomme de terre est au cœur de la parole ;
des récits de rencontres avec une ou plusieurs pommes de terre dans leur vie ;
des photos de pommes de terre isolées, avec éventuellement titre ou récit.

Certains de ces documents pourront se retrouver sur mon site à la rubrique « Pomme de terre et poésie » ou sur la Toile de l’Un.

Jean Foucault, 14 mars 2008

Petite bibliographie à mettre dans tous les cabas

Célébration de la pomme de terre - Jean Follain - Deyrolle, 1997
Pomme de Terre - Robert Gernot - Éditions du Palémon, 2006

Pour faire son marché

Un peintre célèbre la pomme de terre : Marc Chaubaron.

 

 


© Alain Boudet