Je n'écris pas tous les jours, loin s'en faut. Même si la petite veilleuse du coeur et de la main est toujours présente, prête à la lumière fulgurante ou patiente, mais toujours intense, du poème. Je n'écris pas tous les jours, mais un jour passe rarement sans que je lise un poème. Au hasard d'un recueil feuilleté. La voix amie d'un recueil d'ami. Un livre découvert en librairie. Un poème reçu par la poste... ou par courriel. Voici quelques textes pour baliser la route. Le © reste bien entendu l'entière propriété de leurs auteurs respectifs.

À propos du droit d'auteur, on pourra consulter le site EDUCLIC qui a élaboré un dossier relatif aux multiples questions qui s'y rattachent : législation en cours, organismes qui gèrent les droits d'auteurs, modalités de demandes d'autorisation, droits de citation...

La voix de ce mois : Michel Gendarme


Philippe Quinta
Claude Cailleau
Paul Badin
Laurence de Sainte-Maréville
Julien Holmgren
Andrée Marik
Gérard Pons
André-Louis Aliamet
Christian Carlier
Etienne Monnier
Denise Miège
Jean-Marie Boutinot
Philippe Laurent
Hervé Gouzerh
Carole Dailly
Francine Guréghian-Salomé
Bernard Morens
Robert Morel
Anne Vernon
Enfants de Magneux
Jean-Gabriel Cosculluela
Chantal Couliou
Laetitia Nguyen
Jean-François Franchet
Michel Gendarme
Guillaume Vivier
Anne olivier
Isabelle Beaupérin
Stéphane Girard
Sébastien Annereau
Alain Serge Dzotap
 Geneviève Bertrand
Jean Gédéon
Yusuf Kadel
   

 



Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres
S'injectent des machins
Regardent Mireille Dumas
   
    Ila attendent
Traversent des ondes
Se regardent
Se passent aux rayons
Translucides
Tentent de fixer
Accélèrent parfois
Pourquoi ?
Attendent
Lisent les revues
Échappent parfois
Au présent
Échappent au réel
Mettent des blouses sur eux
Se revêtent
Cherchent quand même
Autour
Mettent des mots
Et glissent glissent
 

Ont les poches en bas des jambes

Ils marchent sur le trottoir des autres

© Michel Gendarme
in
Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres (inédit)


Ce que le démuni
reproche au nanti
davantage sa fortune
que sa bonne fortune

Yusuf Kadel

 

Charbon
et diamant bien qu'unis
par le sang
jamais ne se côtoient

Rien ne s'interpose
comme l'éclat

Yusuf Kadel

 

Qui
dit le contraire
de ce qu'il pense
et fait le contraire
de ce qu'il dit
est

contrairement à ce que l'on pourrait penser

toujours en règle
avec lui-même

Yusuf Kadel

 
Sous la surface, à fleur de peau,
les pétales du rêve
aux mille visages,

fugitifs insaisissables,
offrant par procuration
leur nullité de chair
à la voracité du souvenir.

Jean Gédéon

Griffure zébrant les écailles du ciel,

et sur le corps,
le sang de ses blessures.

Les souvenirs scotchés
aux bleus de la mémoire,

petits nuages amnésiques
qui se moquent des temps
comme de leur première averse.

Jean Gédéon

On est parfois prodigue
du sang des autres,
quand il roule,
de la source
lointaine,
ses millions d'hectolitres
mêlés de larmes et d'écume.

La statistique
sans visage
oblitère le cri.

Jean Gédéon



Au soir du jardin
L'olivier veill encore
Ciboire d'argent
Femme de l'ombre
Echo insaisissable
Sa soif demeure
Le ciel s'égrène
Rien n'est vrai entre nos mains
L'univers tient bon
Le jour se referme
Chaque mot doute de lui-même
Gribouillis de l'âme
Geneviève Bertrand
Fleur de primevère
Le rythme d'un jour d'hiver
Sa brièveté
 

Regarde
Ici, me cerne le feu de dire
Et de plus loin encore, accourent les bêtes affolées.
Je t'écris
Je remplis l'espace entre la lettre et le poème
Pour que les mots te disent autre chose que l'absence de la parole.
Je te parle
Je rapproche le mot du corps
Pour que la distance ne se faufile plus
Entre les pas et la langue.
Et d'une lettre à l'autre
E d'un poème à l'autre
Je construis une parole trempée
Pour que revenue de ton exil
Tes pas fuient les chemins de départs
Toi, cosmonaute qui désertes ton corps
Pour te protéger des paroles mensongères.
Demain j'aurai peur de ta mémoire.

Alain Serge Dzotap

Les portes de ma mémoire
Cèdent une à une
Et je mords le souvenir
Pour le réduire au silence.
Je calfeutre tout avec l'oubli
(quelques débris de paroles trouvées ça et là,
des croquis d'un temps meilleur, etc.…)
Et je mets ma mémoire sous chloroforme
Pour que le souvenir atteint d'écholalie
Ne m'assassine plus avec tes dernières paroles.

Alain Serge Dzotap

Un instant de toi,
Ivresse
Pour le reste du voyage.
Me voici
Livre ouvert
Par les mots
Qui désirent
L'oeuf bleu de l'horizon.

Alain Serge Dzotap

Ta parole-désert
Me brûle.
Je me suis égaré sur ses dunes
Qui enfouissent les pistes à venir
Et les oasis défaites.
Derrière moi
Mes pas tissés dans le sable se disséminent,
Emportés par le vent plus rapide que moi.
Je me suis élancé à ma propre poursuite.
Impossible de rattraper mes traces que le vent me dérobe
Et ici, impossible de deviner la direction que tu as prise.
Là, s'est éteinte ma quête de sens.
C'est depuis ce jour que je chausse l'errance.

Alain Serge Dzotap

L'alizé imprévu
Le long des murs intérieurs
Fait,
Entre douze colonnes de couleur,
Un nuage dilué.

L'alouette
Epouse
Notre vie
Sans secrets

Les apparences
S'inscrivent
Sous la famine du jour.

Et mes yeux
Sur nos gestes
Préparent mille fleurs
Blanchies
A tes épaules.

Vous supportez le mineur
Que la soif nourrit
De la dernière belle paysanne.
Que la soif qui le ravage
Recommence indéfiniment
Son salut !
Belle clarté sur son corps,
Couvre le repos
D'un homme rougissant.

Le tonnerre trop bas
Te mènera cultiver
Les murailles,
Les lèvres
Et le ciel.

Sébastien Annereau

Dessiné mille courbes
Arrondi les angles
Les mots transformés en un plus puissant partage

Âpreté insatiable
Nous ne rêvons plus
Oubli des cœurs blessés que nous ne pouvons dire

Aucun bruit
Lassitude
J'attends de vous tellement.

Stéphane Girard (inédit)

 

L'écho des collines
Diffus
Refusé au songe

Les rires stériles
Au métal bleu de nos silences

À quel désir ?

Stéphane Girard (inédit)

Elle avait, pour dire la fragilité,
Des mots qui se perdaient dans l'automne.

Elle avait la force de l'ombre capricieuse.

Stéphane Girard (inédit)

ligne verte
Àl'horizon
lit de grenouilles.

Vache
dans un pré
en noir et blanc.

Tas de fumier
sous le coq
Soupirs...

Isabelle Beaupérin

 
 

Pluie d'étoiles incessante
Au cours de l'eau
Je marche
Je rattrape le fil.

Isabelle Beaupérin

Pluie qui s'abat
Dans le jardin
Déconfiture

Tronçonneuse déréglée
Me gâche
Le bruit des arbres.

Isabelle Beaupérin

 

Être léger
Plus léger que l'eau
Barbotages...

Isabelle Beaupérin

Cendres, malgré tout, longtemps,
la terre garde le mort,
personne ne vient là, comment dire ?

Bref, brûlant, restent le mort,
même sur une ligne lointaine de terre,
et la pauvreté des mots, la bouche entre les mains

Le nom difficile du mort
comment vit-il sur une ligne lointaine de terre ?
Animal de lumière

Jean Gabriel Cosculluela

Ciel de traîne

Les nuages froncent les sourcils
et,
dans un même élan,
une ondée plisse le ciel.

Chantal Couliou
Jours de pluie


Les manigances de la pluie

Fine ou battante
elle cache ses humeurs
derrière un rideau d'orage,
et lapide nos envies
de bleu.

Chantal Couliou
Jours de pluie

Ce matin,
la pluie qui battait la campagne
depuis plusieurs jours
s'est assise
dans les brouillons du jardin.

Chantal Couliou
Jours de pluie

La nature a ce pouvoir de se mettre en quatre ...
Elle émince la Terre en fines lamelles de joie,
Elle écale le ciel pour le déshabiller de sa pluie,
Elle fait revenir le feu sur quelques fou rires,
Elle agrémente le tout d'un vent en vinaigrette...

La nature offre sa salade fraîcheur à qui va ...
Puisque son rêve poivré,
C'est que sa macédoine de bonheur
vête à jamais d'un arc-en-ciel
les cœurs des hommes ! ...

Laetitia Nguyen

Je n'y vois rien, il y a trop de brume
Je fais du vent, des mouvements
J'arpente, je fais les cent pas
Je cours devant, je vais plus vite pour voir
Plus vite pour rien, plus vite pour juste...
Puis rien, puis tard, puis tôt
Si je monte, si je vole, si je rampe
J'éblouis, j'articule, je désembue
Je m'abuse, je canicule, je m'use
J'envisage, je présage, je m'engage
Dérapage, j'escalade à la nage
Je me tiens, tu me tiens, allez viens
Rien plus rien, rien à voir
C'est trop c'est trop tard
Y'a trop de brume
J'arrive pas
je vois rien

Regarde
Quoi ?
Regarde, c'est tout bleu
Ah oui.

Michel Gendarme - Rivages

Tu sais, tu devrais rêver,
Prendre les silhouettes pour des vessies,
Les lanternes pour des alouettes,
Les assis pour des gens debouts,
Les éclairs pour du passé.
Soit.
J'écumerais
Je vague-à-l'âmerais
Je coucher-de soleillerais.

Michel Gendarme - Rivages

Comment s'ouvrent les portes ?

Et comment se ferment-elles ?

Sur quelles craintes?
Sur quelles promesses ?

Quels vœux murmurés
À l'allant d'une route qui s'enfuit
Au couchant d'un horizon clos ?

Anne olivier

Ta venue

C'est l'heure
En préparation
En exaspération
En espéranciation
En renonciation
En élucubrations

Et puis te voilà

Anne olivier

Connivence

La connivence
De l'instant et de toi et de moi
(tous trois réunis)

Le délié
En percevoir l'essence
La consistance
Et le vivre

Anne olivier

Dormir ensemble

Dans la maison des mains
Se regardent
les silences
S'épanchent les douceurs.
Glisse la lente étreinte des secondes éternelles
Tandis qu'au confluent des corps
Les tendresses répandues
Apaisent les souffles
Et enfantent les songes...

Anne olivier

Pas plus cruciale que cruelle la cruche,
sauf si,
allant à l’eau,
elle se brise en croix sur la tête d’un pauvre sot.

***

Si la victime du Vicomte
crie encore victoire,
c’est qu’elle n’est pas tout à fait morte.

Philippe Quinta

Voici la démarche qui a présidé à l'écriture de ces textes, présentée par Philippe Quinta.

Prendre trois mots dans le dico,
qui se suivent presqu'illico.
S'ils n'ont pas la même famille,
les mettre à plat, au stylo bille,
l'un touchant l'autre sur le papier.
Faire un poème et vérifier
que tous les trois font une ronde
chanson qui nous parle du monde ...

Est-ce ma faute
si la boue
accompagne le boudoir
et passe aux yeux des naufragés que nous sommes
pour une bouée.

***

Entre joug et joujou,
le mot jouir,
contrainte et amusement en somme.
En plein jour
ou dans la nuit secrète,
le léger cotoie le grave pour le plaisir.

Philippe Quinta

Il pleut de l'automne
Sur les arbres qui frissonnent
Un regard pour fuir

***

L'arbre parle au vent
de ses branches dépouillées
La faute à l'hiver

***

Dans le chemin creux
la poussière d'un passage
Mon pas sur la terre

***

La lune se noie
dans la mare ou bien se mire
A quoi penses-tu ?

Claude Cailleau

Novembre s'éteint
les corbeaux crient dans le vent
Moi je parle bas

***

La question qui pend
aux branches du crépuscule
Est-ce toi qui passes ?

***

Dans le chemin creux
la poussière d'un passage
Mon pas sur la terre

***

Le soleil au loin
bouche en feu sur l'horizon
N'est là que pour toi.

Claude Cailleau

vert curaçao
sur lunules de cuivre
baroque inusité
transparences de palme
ambre épicéa
résistance aux plaies
des quatre vents

le palmier planté
le jour de l'enfant
longtemps bon dernier
a trouvé
son allure de girafe

pas le bambou

Paul Badin - Jardin secret

tu résistes là bas
ville soumise
chiffres corrosion
lutte pour des bouts de gras
partir

tes yeux
sont dans ce vert

le peuplier
démesuré
entre deux murs
abattu

puis le bouleau
trop bien inspiré

Paul Badin - Jardin secret


un gué des pas
ils ne résonnent pas
mais feutrent l'ardoise
la traversière
par dalles rangée
sur belle envolée verte

des heures accroupies
avant nos lents équilibres

glycine de l'été
concentré de ciel
les grappes
et les lianes
aussi volubiles
que celles des deux vignes

Paul Badin - Jardin secret


l'enfance seule explose
par éclats de joie
jaillit des murs
puis s'écoule
en mirages de sable

le buisson d'ombres
à ravir l'été
sait le prix
de notre connivence

la cascade bleue
des campanules
réveille
l'éclatante lenteur
des pensées

Paul Badin - Jardin secret


taupe écureuil rouge gorge
fidèles visiteurs
mais le statut diffère

c'est l'habit
la taille
la locomotion
l'espace d'évolution
le type de larcin

vivre c'est beaucoup la manière

tu es toi l'hospitalière

tomates cerises
grosses de Marmande
il suffit d'arroser

melon et potiron
réclament d'autres soins

Paul Badin - Jardin secret


Un cri jaune
coule du mur désert.
Un doigt rappe
le rêve aride
entre la nuit
et des yeux inquiets

Il y a cette ville
gâtée, déjà sombre.
Sur les façades aveugles
des fenêtres s'emplissent
et clament
des éclats d'existence.

Qui a dit
que le ciel
restait bleu
par-dessus
la prison ?

Paul Badin - Fragments d'un paysage in Pureaux

Alpestres

Edelweiss, petite sœur
on dit en bas que plus on te mène la vie dure
et plus tu es jolie

c'est sans doute pourquoi
tu réfugies si haut
ta robe cendrillon et ses velours princiers.

Le sang de la montagne
irrigue à gros bouillons
d'intarrissables évidences

sa meule roule et cascade
creuse des lits où
scintillent d'éternels présents.

Paul Badin - Eaux-Fortes in Pureaux

Une tendresse
ça ne se commande pas
ça se mijote

Paul Badin - À claire-voie in Pureaux

Sagesse

L'aile s'incurve aux regards
et je chemine au-delà

là où le fou peut être fou
d'abstinence, de sagesse, d'amour
de transes en joies simples,
fou de ne pas être l'autre
fou d'aimer sans accord
désaccordé de l'autre

rafraîchie à l'orange
d'ordalies en tendresses

ma lèvre
gorgée d'îles hallucinées
danse

bleue, en équilibre
se glisse aux voix envolées

Laurence de Sainte-Maréville

Grain

Évasés dans les mains de l'enfant
les seins blancs s'en vont à la mer...

L'esprit fait des rebonds au roulis des doigts d'eau
la côte remonte le drap
tangue à la délivrance

une marée de mots assaute l'espace
de parole d'iris en syllabes d'écume,

la morsure saigne l'archipel.

Chair à soif, sable émouvant
sous les phalanges de pluie :
le déchirement de l'ombre.

Un front de femme se balance
dans l'écoulement du sable.

Laurence de Sainte-Maréville

ÉCLIPSE

Je te parle, te confie le jour avec mes paumes,
incardin doré,
mouvante, troublée, déracinée
puis sans un mot
je dépose ma coquille, relique visage,
scarifiée d'eau, sur la chaise de bois.

Tu t'abandonnes...
Pelotonnée sous tes paupières
je croise, ce ou ces visages qui te hantent
s'impriment et transforment l'expression de tes joues,
tes allées et venues dans la boucle des déserts,
ces accents surgis du dedans, les regrets
tes deuils, questionnements...

Je croise là, ton visage
méconnaissable,
nos visages, éclipses
à rincer de soleil.

Laurence de Sainte-Maréville

Fermées, mobiles tes paupières
recouvrent, muette, ma faconde.

Tu sommeilles,
je glisse sur ton épaule le drap,
parcours chaque grain, chaque ligne
chaque sursaut de ton visage,
le sillon caché derrière ton oreille...

Et je m'imprègne de toi,
en toi,
comme on crie en silence
de visage à visage.

Laurence de Sainte-Maréville

Tu confrontes, singuliers,
nos regards de ce que l'Homme donne à voir,
je recule effrayée devant les clous, ces yeux derrière les toiles.

Faudra-t-il toujours nous propulser en refermant les valves ?
Puis imiter ces coques enfouies, à marée basse, dans le sable...

Faudra-t-il élargir notre vision aux faciès des aliénés,
qui toujours seront là et nous rassurent sans le vouloir
de notre normalité, de notre différence ?

Sommes nous... Les fous ?
Simplement,
aux multiples visages de soi,
se froissent, aussi,
les multiples visages de l'autre...

Laurence de Sainte-Maréville

Anévrisme

Je t'aime, et je ferais tout
pour toi,
mais surtout, surtout, ne
t'avise jamais de me
demander de faire la
vaisselle.

Julien Holmgren

Ironie

Ils m'arrosent d'essence
Tous les jours, ils tentent
tous de me figer dans ma
liberté, me prennent pour
un objet et me demandent
d'être hypocrite, ce que je
fais, leur offrant le spectacle
de mon suicide.

Julien Holmgren

Mr Muscle

Il m'arrive de me rendre à la gare
simplement pour voir passer les gens.

Il y a des hommes d'affaires qui courent
partout, des jeunes hommes qui enlacent
la femme la plus merveilleuse, celle qu'ils
croient la femme de leur vie jusqu'à ce qu'ils
rencontrent la prochaine
.
On y trouve également des personnes âgées,
qui sont là sans aucune raison vraiment
valable mais qui veulent faire quelque chose
de leur journée et voir du monde.

Comme moi.

Julien Holmgren

Mary

Elles sont toutes pareilles mais
si différentes à la fois qu'on
recherche toujours la bonne,
celle avec qui les années
ressembleront à des jours,
celle avec qui on se sent bien
partout, et qui, pour couronner
le tout, ne consomme pas trop
aux cent kilomètres.

Julien Holmgren

Paumé

Elle me regarde et me dit :
"J'en ai marre, j'me tire".
Ok, lui réponds-je.

Depuis quand ai-je
été seul sans m'en
rendre compte ?

Suis-je seul depuis
son départ ou bien
depuis son arrivée ?

Je ne sais pas,
et je
l'envie.

Julien Holmgren

Soda sans bulles

Nous sommes tous pareils
à une amnésie.

Nous jurons : "pour le meilleur
et pour le pire et jusqu'à ce que
la mort nous sépare" et nous
ne faisons que penser :
"Dès que le pire se pointe
je te laisse, et jusqu'à ce que l'amour nous sépare."
Je vomis
tu vomis
nos gosses ont mis
de l'argent de côté pour
nous assurer une mort décente
de lit dans un hospice où on
nous fera jouer aux dames,
les belles dames noires et blanches
qui portent des porte-jarretelles
de la même couleur pour attiser
ce qui peut l'être encore et toujours.
Je ferais mieux de me frapper jusqu'à
ce que tu m'aimes vraiment mais ça
demande bien plus de courage qu'une
érection.
Je te le jure.

Julien Holmgren

LES MASQUES

Vieux gestes de pierre, mondes en charpie,
un ciel intact se déplie le matin
et coiffe les dernières maisons.
En bas, parmi les masques, ne restent
que cendres, soifs déjà lasses,
guerres de très vieux enfants.
Très haut, côtoyant ses élus,
brille une théorie d'invisibles pardons.
Il suffirait d'un masque de plus
pour combler les caves stupides
et fendre les barrières de chiffres.

André-Louis Aliamet

LE PHARE

Noire par des chemins de brouillard,
rouge aux dernières teintes du jour,
la lumière glisse ses rayons
sous la surface des mers, se mêle
à leurs ondes, vire sur l'écume,
filtre les blancs, les bleus, les verts,
le gris d'un éclair filant sur l'eau.
Lorsque du haut d'un phare
roulant nuit et jour son gros oeil,
le plongeon suprême semble une clef
pour ouvrir l'espace, elle invente
de nouvelles teintes, ni vues ni touchées.
Il suffit alors d'un peu d'huile
pour la voir danser, fuir ce peu d'ombre
qui nous sert d'obscurité.

André-Louis Aliamet

LES PLEUREUSES

Dans la maison des morts chantent
les pleureuses, automates de la prière.
Depuis vingt siècles que le mal sévit, les fausses fièvres
se sont peu à peu rapprochées,
privant d'air les foyers salubres.
Avec une cruauté nommée logique,
l'acte de guérir précipite la faute.
Un regard tâte alors le jour,
et dans le silence qui suit, la douleur
est si âpre qu'elle multiplie ses piqûres :
douleur des salons vides et des cages surpeuplées,
douleur où passent des soupirs, des reproches,
une mémoire ouverte à ses ombres,
douleur des jours sans visite, des heures suintant la pluie,
douleur de ceux qui se soûlent d'argent,
de ceux qui restent au dehors, sous l'averse,
quand les boutiques sont pleines,
douleur du forçat, du gendarme, des filles de joie,
douleur qui supporte la bousculade noire,
la crasse, et faute de feu, la guerre dans la boue,
douleur où le plaisir s'installe, mène ses usages,
régit son culte jusqu'à nommer sagesse
le mal qui transparaît dans ses troubles.
Parmi tant d'épreuves, chaque corps
soutient sa fatigue, et les gestes qu'il s'impose
vident sa pensée.

André-Louis Aliamet


qu'y a-t-il derrière ce mur
qui lézarde
et se lézarde

fatibuée émoussée
voici que la pierre abdique
ouvre des brèches

l'enclos perd son mystère
jaississent au plomb du regard
l'herbe et la ronce mêlées

derrière le mur
impérieuse
la vie

Andrée Marik - Jardins suspendus

sous l'arbre parasol
je me ressource
au sang vert de la terre

tout moi en moi refuge
refoule l'inquiétude
se déleste
des douleurs du monde

illusion l'énergie bafouée
prend l'inconscient en otage
tout peut arriver

Andrée Marik - Jardins suspendus

photo ancienne
la dame est morte
le petit chien aussi

figées noir et blanc
mortes les fleurs
d'une seule saison

ci-gît un fragment de vie
ni respiration
ni floraison

seule sa pensée
tourne le remontoir
ressuscite ma mère
et les résédas

Andrée Marik - Jardins suspendus

humus sous-jacent
ma terre s'exalte
de la promesse des jours
je flambe au moindre soleil

arbre ta ténacité
dans la tyranie des frimas
arbre ton recueillement
attendons-nous le même printemps ?

Andrée Marik - Jardins suspendus

 

O pi non !

IL faut s'occuper des doutes
Marionnettes grotesques, ridicules, sublimes
Réceptacles pour le trouble
Avaler des sueurs de ressac
Porter son sein en flamme bleue
Qu'elles arrivent d'ailleurs les étoiles esseulées !
Qu'importe !

Guillaume Vivier

 
 

Jadis demain

La foule aveugle se mouche
Dans nos rêves abusés
Nos anciennes peurs, nos forets d'enfance
Dans la fente profonde de l'espoir
La trace secrète du futur
" ..... "
la résistance
cherche la clarté
pour attendre
le mot qui délivre

Guillaume Vivier

Des proches et des absents, déserts et absolus


Se débarrasser de ses dernières chaînes
Pour lever les voiles écrire le manifeste de la soif de vie
Faire souffler la tempête
Aller à la quête des sources cachées
Bleues,
Noires,
Perdues dans les pierres

 

Guillaume Vivier

AVEUGLE

Demain,
le lilas ne verra
ni tes yeux,
ni l'amour de ta main.

Christian Carlier
Aux jours maudits

 

Le Soir

Le soir s'endort
dans le silence des choses
qui ne veulent plus vivre,
et le monde s'efface.
Les formes se défont
en s'habillant de nuit.
Ma vision s'est éteinte
Et le front sur la vitre
je regarde sans voir
tout ce noir
qui habite les ombres.
Au temps des heures
longues,
je regarde la nuit.

Christian Carlier
Aux jours maudits


Les vampires

Doucement la chauve-souris
ouvre les portes de la nuit,
ouvre les portes du rêve,
du sang et de la nostalgie.
Peu importe les miroirs
son incapables de réfléchir
un tel festin.

Denise Miège - Animalinusités

L'Oie du jeu de l'Oie

L'Oie est très vieille. Elle est mère de Maurice Ravel. Elle a gardé le Capitole et inventé le Jeu de l'Oie qui, comme chacun le sait, tient à la fois du labyrinthe et d'un rituel encore plus mystérieux que seule l'Oie connaît et qu'elle traduit en langue morte, comme passe-temps, le soir avec une plume d'oie, en dessinant très finement dans les miroirs des pattes d'oie pour les malheureux angoissés qui s'y regarderont vieillir.

Denise Miège - Animalinusités

Manipulations génétiques

Le petit éléphant de sept centimètres
s'enrhume facilement
dès qu'on ouvre la fenêtre.
Génétiquement

il est évident
qu'on l'a tripoté.
De plus il est vexé
ses copains se moquent de lui
et sa femme la nuit
rêve d'éléphants géants.

C'est frustrant.

Denise Miège - Animalinusités


Sous la bulle
de toile bleue
j'entends
ce que j'entendais
quand maman préparait
des dentelles et des dragées

la musique d'un coeur.

Jean-Marie Boutinot - Cirque en mineur

Dans la prairie
de lumière
du cirque
une très belle
amazone
cueille des
chevaux-fleur

Quand je serai
grande je serai
gardienne de fleurs.

Jean-Marie Boutinot - Cirque en mineur

Les mamies-samedi
mènent au cirque
Nolwen et Louise

Toutes deux sages
comme un miroir vide

attendent que la bouche
rouge de la piste

pousse sur le sable
le château fou des chevaux

laisse s'envoler des colombes
gourmandes de lumière

Et l'étonnant clown blanc
qui pleure pour de rire.

Jean-Marie Boutinot - Cirque en mineur


Vendredi

enfermée dans la douleur. ce vendredi absent avait l'odeur d'un jour sous la nuit.
drôle de vie marquée de petites morts.

14.07.00

Vendredi

nous avons nommé nos renards ensemble. ils n'ont pas mangé les vignes. père et mère l'un de l'autre dans la nuit profonde.

21.07.00

Vendredi

c'est la fin de. le début de.
le prolongement de tout
entre deux rives entre deux rêves aux odeurs automnales

25.08.00

Vendredi

demi sommeil. ma main se promène sur les promesses non tenues.
l'haleine de la télé rampe sur les draps sales.
j'entends ton corps s'amollir.
je deviens feuillage sans tes doigts sur ma chair.

14.07.00

 

 

 

Le vent passe sur mon visage
soulève mes cheveux
caresse magnifique

magnifique

je n'exagère pas
le vent aurait pu être feu
pics de glace
néant

mais non
il y a cet instant
entre lui et moi

Carole Dailly

 

J'ai le coeur
de celui qui s'éveille
aux murmures de la nuit

De celui qui a simplement vécu longtemps
et simplement
pleuré
ri
dansé
couru
souri
regardé
écouté

J'ai le coeur
simplement
de celui qui a aimé chaque écho
comme l'autre aimait chaque parcelle
de la terre lourde qui le nourrissait
après les levées de pierres

Carole Dailly



Automne
les couleurs sont pleines

Passage
de l'aboutissement à la révérence

C'est un matin d'automne
la nuée pâle embrasse la forêt
les nuées enlacent les montagnes
couleurs rousses jaunes
feu baguées de blanc

Bouquets d'éphémère
et de Grâce
leur putréfaction tranquillement flamboie
baguée de blanc
passage de l'aboutissement à la révérence

Dans la nature pas de hasard
Pas plus dans sa beauté

Carole Dailly


Ecouter la nuit juste cela et rien de plus

elle est là
et moi en elle

celle de mes ancêtres
celle de mes jeunes frères riant aux regards plissés de chats heureux sous le soleil
celle des regards absents
celle de l'inconnu

Carole Dailly

 

 

 

 


Mes questions frangent le silence
de la plus sûre lumière

Elles font de mon chemin
un arbre
qui ne craint pas
la brûlure de la sève.

Anne Vernon


Certains jours
j'entends
je vois
les odeurs se souviennent de moi.

Je suis l'arbre et le ciel

j'ai des racines qui comprennent
les grouillements obscurs

une écorce pour
les bleus les plus rugueux

des feuilles qui ne craignent pas la chute
elles savent leurs saisons

 

Parfois
plus de traces sur le sable

toutes effacées
surtout les tiennes.

Anne Vernon


Est-ce moi qui choisis le creuset
ou le creuset qui me choisit ?

Allez savoir
et faut-il d'ailleurs
le savoir ?
Ca creuse pareillement.

Anne Vernon


Je serais la pierre
et toi l'eau

tu serais le feu
et moi l'air

on échangerait nos matières
juste il était une fois.

Anne Vernon

Avec tes ailes de miel
Tu t'envoles vers le soleil
Tu tournes ta page
Pour colorier tes rêves
Quand il pleut
Tu perds tes couleurs
Et tu pleures

Quentin
(CM) - Ecole de Magneux


Le tonnerre a un gros chagrin
il envoie des éclairs
Pour dire sa colère
Ses nuages sont tristes
Leurs larmes glissent
Le long des récifs

Moi aussi
Je suis en furie
Alors j'écris

Bertille
(CM) - Ecole de Magneux

On le regarde de haut
Le corbeau
Car il n'est pas beau
Tout le monde critique
Son rire rauque

Mais dans la haie
En secret
Il a sa vie privée
Il aime sa femme
Et ses enfants
Il veille sur eux

On le regarde de haut
Le corbeau
Mais dans son coeur
Il est très beau

Thibault (CM) - Ecole de Magneux

 

Se souvenant de tous ces honneurs
Que recueillent quelques humains
Au bord d'un calme champ de blé
Il s'arrête pour contempler
Les personnages célèbres
Sur ses timbres dessinés
Savant aviateur écrivain
Au village en de bonnes mains
Il les remettra tout songeur
Coquelicot à la boutonnière

Robert Morel

Pour Marie-Ange pas de nouvelles
Il n'a personne au monde
Et le monde l'ignore
Qu'importe si levant les yeux
Il est sûr à présent
Que là-bas tout en haut des monts
Il existe un lointain parent
Qui pense bien à lui
Mais ne sait pas écrire
Voilà voilà la raison

Robert Morel

 

Thérèse Morin fera rouler longtemps
Sa machine à coudre chaque nuit
Et les vers de l'armoire
Et ceux des bois de lit
Avec elle attendront l'aube
Pour reprendre un peu de répit
Mais ce soir elle abandonne
Sa canette
Sa fusette
Sa bobine
Et son volant fou
A toutes jambes Thérèse Morin s'enfuit
Sur un vélo bleu de certificat
Sur le guidon sont perchés trois p'tits chats
De sa main libre elle jette aux oiseaux
Des miettes d'éternité

Robert Morel

VISIONS

 

Dis-moi Bel oiseau
Que vois-tu tout là-bas
Je vois un enfant qui regarde son Papa
Comme on regarde son Papa
Quand on est un enfant

Dis-moi Bel enfant
Que vois-tu tout là-haut
Je vois un zoizeau
Mais chut
Mon Papa va tirer

Etienne Monnier

***

Je creuserai mes délires
Jusqu'à faire mourir mes doigts

Etienne Monnier

ENFANT

Insouciance du temps
Pour mille fois le cueillir

Pour mille fois le cueillir
Dans l'arbre aux souvenirs

Dans l'arbre aux souvenirs
Les fleurs ont toutes un chant

Les fleurs ont toutes un chant
Pour mieux laisser courir

Pour mieux laisser courir
Ce qui t'a fait partir

Ce qui t'a fait partir
Te fera revenir

Te fera revenir
Même si c'est dans mille ans

Etienne Monnier

 

 

C'est simple
une aube
une aubépine
une étoile sous l'herbe rase
Priverait-on le méandre
d'un fleuve explicite
de sa franchise ?

***

La table en fer
a dit son dernier mot
mais pas la brise inopinée
pas le mouvement de la barque sous le chêne.

Hervé Gouzerh

Les lourds battants du jour
que je m'efforçais de pousser
tirer
d'ébranler
d'un coup d'épaule puissant comme une fleur
tu les as écartés.

L'armoire des jours
si profonde et massive :
il fallait s'y introduire
si l'on voulait se trouver dehors.

Ton épaule s'est brisée
comme un carreau de vitre
et c'est la nuit qui entre
avec ses mains froides et malveillantes.

Dans l'ovale de tes yeux
oscillait ton visage

Inébranlable comme une fleur.

Bernard Morens

D'un jour l'autre

Les oiseaux d'argile rouge
marchandent aux quatre vents
les livres fous de l'air du temps
anonymes
égarés dans les orages qui font les amis d'un soir
A vents marins roses de sel
As-tu lu ? As-tu dit ? As-tu su ?

Cap au silence
le chemin du départ n'est pas nouveau
que soudain ravivée une frayeur invente
à voir dans les fondrières presque déjà sèches
la violence des pas figer ses ressemblances
friches ou haies guetteurs attentifs
N'en diront jamais rien.

La vraie nature des voleurs de feu

Quand le soleil exhibe le jour,
qu'un paysage se vend à la lumière
qui lève et soumet la moindre réflexion,
qu'une ville a noyé ses sources
et tend déjà ses portes impudiques,
que pour en être aussi quelques bigaradiers
écorcent leur misère
- qu'un vent complice a maquillée,
que la moindre graminée frêle
dans sa fissure de hasard
se grime et déraisonne,
quand tout s'affole et s'invente,
dans le flux brutal,
des couleurs brûlantes où crie la lumière,
le coeur seul connaît l'attente,
au clair de la terre, de pierrots égarés
dérobant à l'ébauche incendiaire
la part des yeux
où s'irisent autrement
les mélodies secrètes d'une tendresse
fraîche étonnée.

Répondre

Dans les regards furtifs les mots blessés
se lève pourtant une connivence muette
inquiétude sans fond
terreur simplement dêtre
d'avoir été

absent comme ses yeux perdus
stupeur
d'être dans son regard la question que tu poses
l'écho noir des miroirs volages.
Dans l'éclat rompu de l'envol
comment reprendre souffle
aimer le coeur des ombres et les visages partis
qui ne sont pas ton visage
les gestes tus et les paroles résolues
mains amicales ou celles des petites filles
le livre refermé
suspendues dans l'air du temps
poussières d'un orage sec
rien qu'un été ?

Les miroirs de midi
laissent des mousses blondes
et des palpitations d'oiseaux confiants
s'abandonner à leur soleils.
Ce sont instants de ruches
dont l'haleine s'affaire à réchauffer
comme deux mains éveillent au plus doux le visage
des marches de prairies en foisons d'odeurs arc-en-ciel.
C'est la mémoire ébouriffée
d'où respirer ferait toujours
une aube de juste musique
ranimant les quartiers du rire
aux lisières ouvertes
enfin.

Jean-François FRANCHET

Le ciel, la mer et la pluie Ne délavent pas les yeux des hommes de mer. C'est leur intime amoureux Qui donne à leurs yeux La couleur de l'infini bleu.

Philippe LAURENT

Nous ne saurons jamais
Le nombre de grains volés à l’épi.
La moisson n’engrange que leur poids.

Laissons éclater chacun sous nos dents.
Il monte comme une sève
Jusqu’au bout de nos doigts
Jusqu’au bout de notre danse.

Et qu’importent les chaumes ?

Philippe LAURENT

 

 

 

Il est rare
qu'un olivier
soit triste
et il importe
de savoir
voler au temps
le temps d'aimer

Gérard PONS
Paru dans Décol n° 5 d'août 1994 - © L'Épi de Seigle

   


... et aussi, des écrits qui sont le fruit d'animations avec des jeunes ou des adultes.


© Alain Boudet