la Toile de l'un
Jean-Marie Le Sidaner
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Intérieur

Je préfère peler les pommes de terre une fois cuites à l’eau plutôt que de les éplucher crues. Mes raisons ?
Après une petite incision il suffit de détacher chaque lamelle en veillant à éviter les adhérences : si, par mégarde, demeure attaché un morceau de chair je ne le jette pas, je le détache et le mange tout de suite. Cela est évidemment impossible lorsqu’on épluche
les pommes de terre avant la cuisson : les copeaux comportent deux faces, l’une encore terreuse, brune, et l’autre humide, jaune. Dans la première opération, le légume conserve sa
forme initiale sans la peau, sa nudité est totale ; dans la deuxième nous avons affaire à une forme qui fut manifestement manipulée avec toute la brutalité d’un geste nécessaire.
En d’autres temps j’aurais tiré de ces lignes quelque conclusion en forme de fable, mais ma fatigue est grande.
j’aime mieux m’attarder seul dans cette cuisine aux reflets roux.

(in RIVAGINAIRES N° 15, page 96 : « L’alphabet du monde »)