Intérieur
Je préfère peler les pommes de terre une fois cuites à l’eau plutôt que de les éplucher crues. Mes raisons ?
Après une petite incision il suffit de détacher chaque
lamelle en veillant à éviter les adhérences : si, par mégarde, demeure attaché un morceau de chair je ne le
jette pas, je le détache et le mange tout de suite.
Cela est évidemment impossible lorsqu’on épluche
les pommes de terre avant la cuisson : les copeaux
comportent deux faces, l’une encore terreuse, brune,
et l’autre humide, jaune.
Dans la première opération, le légume conserve sa
forme initiale sans la peau, sa nudité est totale ; dans
la deuxième nous avons affaire à une forme qui fut
manifestement manipulée avec toute la brutalité d’un
geste nécessaire.
En d’autres temps j’aurais tiré de ces lignes quelque
conclusion en forme de fable, mais ma fatigue est grande.
j’aime mieux m’attarder seul dans cette cuisine aux
reflets roux.
(in RIVAGINAIRES N° 15, page 96 : « L’alphabet du monde »)