Plaisir en Poésie



"Plaisir en Poésie" est une association. Une dizaine d'amateurs (ceux qui aiment) la constitue. Ils se retrouvent régulièrement, à l'invitation de l'un d'eux, pour un moment de convivialité et d'échange. A chaque fois, l'hôte propose un thème qui sert de guide à chacun dans sa préparation de la rencontre.
Je les ai rencontrés à Talcy, superbe petit château où séjourna Ronsard. Dans le cadre du Festival du "Mai Littéraire" organisé à l'initiative de Martine Tissier de Mallerais, conservateur des châteaux de Chaumont, Fougères et Talcy, ils animaient une promenade poétique dans le château et ses jardins. Et pendant qu'ils faisaient résonner les salles de la poésie d'hier et d'aujourd'hui, j'animais un atelier d'écriture dans la maison du jardinier. Moi ici, eux ailleurs.
"Plaisir en poésie" a souhaité que nous écrivions ensemble. Et nous nous sommes retrouvés pour écrire. Avec des mots et des images. Avec leur écho intérieur. Avec humour et gravité. Avec sérieux, sans se prendre au sérieux. Avec quelque chose d'eux à dire. Voici quelques échos de cet atelier. Pour le plaisir.

J'ai reçu en plein coeur la solitude de l'arbre
seul debout au monde ravagé,
soudain immense.

J'ai épuisé mon coeur dans les vacarmes du vent.
Il a disloqué la forêt de mes souvenirs,
abattu tant d'efforts patients,
dévasté les tendres abris.

J'ai reçu en plein coeur la solitude de l'arbre.
S oudain immense. En exil.
En travail de recommencer.

Colette

J'ai reçu en plein coeur
la solitude de l'arbre.
Dans un craquement énorme
Le grand vent secouant ses branches
L'avait déraciné
Abattu son tronc.
Il gisait étendu,
Ecartelé,
Meurtri,
Cassé.
Sa chute était mortelle.

C'était un bel arbre, tout seul, au milieu du pré...

Nicole

 

La rue est déserte, étroiute, où s'ouvrent les portes des hommes. La nature s'est réfugiée là-haut, au-dessus des réverbères. Eclat du ciel en contraste, fusant entre pans de pierres assemblées.

Mireille

Jamais la lumière n'arrivait dans la rue noyée dans une ombre constante sauf paradoxalement la nuit où le réverbère au gaz jetait une lueur blafarde. Et pourtant nous habitions là sans fleur, sans fil à linge dans les mauvaises odeurs. Moi et mes frères étions malingres, chétifs et pâles comme ces champignons qui poussent dans les caves.
Notre grand jeu était de tirer au lance-pierres sur les rats qui couraient dans la rue ou de lancer des bateaux de papier dans le caniveau au-milieu de la venelle.

Jean-Michel

A la fenêtre de la nuit,
L'enfant écrase son nez. Le givre goutte, l'étoile s'enfuit
De ses cristaux kaléidoscopiques.
Les chants cosmiques
Sur pas de lune
Lui content mille soleils
En cette nuit de Noël.

Claude

A la fenêtre de la nuit bleue
Toquent le givre et la neige ;
A l'abri des carreaux sertis
L'enfant enchanté sourit ;
A la fenêtre de la nuit bleue
L'enfant de Noël veille, heureux.

Christie

Au milieu de la serre
En cette froide nuit d'hiver.
Ces vitres cassées

couvertes de fivre, font penser aux étoiles
couvertes de buée, me tiennent bien au chaud.

Jean

 

Le Machin

C'est arrivé un jour !
J'ai vu l'objet :
Bel objet...
Bel objet sans objet,
Objet en soi,
Bel objet inconnu,
Essence d'objet,
Bel objet sans aucun sens,
Mais qui es-tu ?

Hubert

C'est arrivé un jour
Il jacassait
je lui ai cloué le bec
- bec acéré et langue de bois -
sur une autre langue de bois
pour qu'il puisse flotter au gré des eaux.
Je lui ai mis une corde
Pour qu'il puisse s'amarrer
Les jours de grand vent,
Et une toison pour se protéger
Du grand soleil.
Mais il ne chantera plus.
Me serais-je emportée ?

Danielle


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