La Poésie prend langue(s) : Poètes d'Europe


Accueil

Cette page vous propose d'aller à la rencontre de cinquante cinq poètes d'Europe. Vous y découvrirez, dans leur langue d'origine et en traduction, des textes contemporains. Loin de se vouloir exhaustive ou universitaire, l'approche est davantage un feuilletage, au gré de coups de coeur. Un travail d'abeille, en quelque sorte... Butinez bien, vous aussi.

Ci-contre, un ouvrage publié par le Scéren / CNDP en 2008 et présentant des poètes en version bilingue des 27 pays de la communaité européenne.

Daniel Thibaut
(France)
Roberto A. Cabrera
(Espagne)
Roger Garfitt
(Grande-Bretagne)
Frances Horovitz
(Grande-Bretagne)
Björn Kuhligk
(Allemagne)
Valeriu Stancu
(Roumanie)
Mark Insingel
(Belgique flamande)
Tim Holm
(Grande-Bretagne et globe-trotter)
Paolo Ruffilli
(Italie)
Walter Helmut Fritz
(Allemagne)
Ana Luísa Amaral
(Portugal)
Marcel Wauters
(Belgique flamande)
Kaarlo Sarkia
(Finlande)
Serge Brindeau
(France)
Nicolae Esinencu
(Moldavie)
Fabio Scotto
(Italie)
Izet Sarajlic
(Bosnie-Herzégovine)
Gösta Agren
(Finlande)
Gunnar Harding
(Suède)
Attila Jozsef
(Hongrie)
John Hewitt
(Irlande)
Miguel Hernandez
(Espagne)
Alojz Ihan
(Slovénie)
Jacques Werup
(Suède)
Alexandre Voisard
(Suisse)
Julien Dunilac
(Suisse)
Franco Fortini
(Italie)
Àlex Susanna
(Espagne catalane)
Vesna Parun
(Croate)
Axel Kutsch
(Allemagne)
Sotiris Tsambiras
(Grèce)
Göran Sonnevi
(Suède)
Marc Dugardin
(Belgique francophone)
Phivos Stavridis
(Chypre)
Donata Berra
(Italie)
Dane Zajc
(Slovénie)
António José Queirós
(Portugal)
Günter Kunert
(Allemagne)
José Luis Jover
(Espagne)
Werner Lambersy
(Belgique francophone)
Eugenio de Andrade
(Portugal)
Ferruccio Brugnaro
(Italie)
Franz Tumler
(Autriche)
Rut Plouda
(Suissse romanche)
Arcadie Suceveanu
(Moldavie)
Sjón
(Islande)
Peter Zilahy
(Bulgarie)
Viivi Luik
(Estonie)
René Velter
(Luxembourg)
Geert van Istendael
(Pays-Bas)
Daniel Turcea
(Roumanie)
Carl Norac
(Belgique francophone)
Keith Barnes
(Grande Bretagne)

 Ali Podrimja
(Albanie)

 Ivan Borislasov
(Bulgarie)

Knut Skujenieks
(Lettonie)

Tomaz Salamun
(Slovénie)
Aonghas MacNeacail
(Ecosse, Grande-Bretagne)
Kostas Koutsourelis
(Grèce)
Eqrem Basha
(Albanie)
Franco Prete
(Italie)
Georges Jean
(France)
Paula Meehan
(Irlande)
Kiril Kadiiski
(Bulgarie)
Luan Rama
(Albanie)
       

Jetez-moi aux orages,
aux ordures, aux orties,
aux chemins délavés,
à la nuit carnassière,
aux chacals, aux chiens enragés,
jetez-moi dans les fleuves en crue,
dans les pourrissoirs, les décharges,
jetez-moi dans les cascades,
dans le cratère en rut des volcans,
jetez-moi dans les lisiers, les lisières,
dans le grand vacarme du monde,
jetez-moi
et puis oubliez-moi
un siècle ou deux,
le temps que je m'épanouisse
dans un bouton d'or.

 

Daniel Thibaut
(Chronique d'un combat avec l'ange)
Maison de la poésie Nord/Pas-de-Calais

Daniel THIBAUT est né en 1943 à Brive-la-Gaillarde. Il essaie de lire et d'écrire chaque jour, et se construit "un corps de papier". En ces jours d'incertitude, le poète est, selon lui, "un recours, un fanal, un résistant".

haut

Gettami nei temporali,
nei rifiuti, nelle ortiche,
nelle strade slavate,
alla notte carnivora,
agli sciacalli, ai cani rabbiosi,
lanciatemi nei fiumi in piena,
al macero, nelle discariche,
buttatemi nelle cascate,
nel cratere in eruzione dei vulcani,
gettami ai margini, nei confini,
nel grande baccano del mondo,
buttatemi via
e poi obliatemi
un secolo o due,
il tempo che possa sbocciare
in una gemme d'oro.

traduit en italien

CIFRAR el rostro. Ocultarlo bajo siglos. Enturbiar su proximidad.

La palidez del mundo desconcierta. Sobre el cuerpo, las sábanas, su blancor hiriente, como de mortaja nueva. Piensas : así ha de cubrirse el mundo.

Has despertado. La mañana ilumina tu rostro. Se levanta indefinida, distante. Cerrar los ojos. Negar la luz, inútilmente. Entonces piensas en el despertar, en su gracia animal, espontánea. Y piensas lo que debiera vivirse : despertar, sí, pero con la sencillez de un pájaro cuando despierta y alza el vuelo. Simplicidad irreflexiva de lo que vive. Pero tú piensas el acto de despertar, y con torpeza despiertas, con la misma ineptitud para la sencillez con que vives. O te alimentas. O sueñas.

Roberto A. Cabrera extrait de Disgregario, Editions Asphodel, 2002

(traduit de l’espagnol en français par Claude Held)

Roberto A. Cabrera (lies Canaries, 1971) est professeur de philosophie. Il enseigne en lycée. Il a dirigé le supplément littéraire “Les Isles Estranges” (Las Jnsidas Estrahas) du journal El Dia et collaboré aux revues espagnoles (Paradiso, La Factoria Valenciana) et françaises fA ires, Propos de Campagne). En 1995 il a publié Le cahier bleu.

haut

CODER le visage. L’occulter sous les signes. Troubler l’espace autour.

La pâleur du monde déconcerte. Sur le corps, les draps, leur blancheur qui te blesse, comme d’un linceul neuf. Tu penses: c’est ainsi que se couvre le monde.

Tu t'éveilles. Le matin éclaire ton visage. Se lève, flou, lointain. Fermer les yeux. Nier la lumière, en vain. Alors tu penses à l’éveil, à sa grâce animale, immédiate. Tu penses le vécu, ce qu’il devrait être : s’éveiller, oui, mais avec la simplicité d’un oiseau quand il s’éveille et s’envole. Simplicité irréfléchie du vivant. Voilà que tu penses l’acte d’éveil et, maladroit, tu t’éveilles, incapable encore d’être simple dans ce que tu vis. Dans ce que tu manges. Dans ce que tu rêves.

Te contemplas en el espejo. Sonríes. Quién responde.

A veces hay ruidos. Alguien al bajar la calle, sus pasos, un coche, varios, una motocicleta. Luego una voz débil. Una voz de mujer. La voz conversa sin vida. Un murmullo apagado que enmudece de pronto. Nuevos pasos. Alguien por la calle al sol. El paso es decidido, enérgico. Como si deseara oírse. Se aleja. Nadie.

En la ducha. Meditación sobre el agua, sus gotas, sus átomos infinitos. La lluvia golpea el rostro con dedos innumerables. Pensar et rostro que se deshace, lentamente. Rostro múltiple, disuelto, desplomado sobre el torso, confusión de gotas que se deslizan, dispersan, reúnen. Torbellino final, desagüe, abandonar la luz, caer, perderse.

Algo ha debido despertarte. Desde la ventana, sin abrirla, observas la luz del farol, su parpadeo amarillo. Pasa un coche.

Nada acontece.

La calima cubre hoy la ciudad. Amortaja las casas. El horizonte.
Ciudad transfigurada, suspendida en el fulgor gris del polvo. Ciudad penitente, abrasada por un fuego no visible.

Comenzar. Reescribirlo todo. Partir de la desnudez. Del simulacro de la desnudez. En el instante disgregador. Trazos, gestos, manchas de tinta. Relectura. Comenzar de nuevo. Signo tras signo.

Tal vez describir. Enumerar, secuenciar los hechos : una mesa, un libro abierto, esta cama, las palabras, la luz que se detiene, el aire, su quietud inaudible.
Permanecer. Detener la mirada en la luz. Una habitación, una cama, un cuerpo, un libro, la piel del aire, el silencio aquí visible.

(Elogio de la inmovilidad)

haut

Tu te regardes dans le miroir. Tu souris. Qui répond.

Parfois il y a des bruits. Quelqu’un descend la rue, ses pas, une voiture, plusieurs, une moto. Puis une voix très faible. Une voix de femme. La voix parle sans vie. Murmure étouffé qui se perd. D’autres pas. Quelqu’un dans la rue au soleil. Le pas est ferme, énergique. Comme mû par le désir de s’entendre. S’éloigne. Personne.

Dans la douche. Méditation sur l’eau, ses gouttes, ses atomes infinis. La pluie frappe le visage de ses doigts innombrables. Penser le visage qui se défait, lentement. Visage multiple, dissout, effondré sur le torse, gouttes désordonnées qui fuient, se dispersent, se rejoignent. Tourbillon final, écoulement, quitter la lumière, tomber, se perdre.

Quelqu’un a dû t’éveiller. Depuis la fenêtre, sans l’ouvrir, tu observes la lueur du lampadaire, indécise, jaune. Une voiture passe.

Rien n'arrive.

Une brume de sable recouvre la ville aujourd’hui. Ensevelit les maisons. L’horizon.
Ville transfigurée, suspendue dans le gris fulgurant de la poussière. Ville pénitente qui brûle d’un feu invisible.

Commencer. Tout réécrire. Partir de la nudité. Du simulacre de la nudité. Dans l’instant destructeur. Traits, gestes, taches d’encre. Seconde lecture. Recommencer. Signe après signe.

Décrire peut-être. Enumérer, enchaîner les faits: une table, un livre ouvert, ce lit, les mots, la lumière qui s’attarde, l’air, calme, inaudible.
Rester là. Arrêter le regard dans la lumière. Une chambre, un lit, un corps. un livre, la peau de l’air, le silence ici visible.

(Eloge de l'immobilité)

THE BROKEN ROAD

Water on the fields
sedged with white grass

Tarmac over flints
the flints wearing through

Walking again
along the broken road :

is it the road bears us up
or the brokenness ?

As the upper sky darkens
a depth enters the pools
corn gold suffuses the grass

The stones grow luminous as they dim

Out of the blue-blacks of the tar
the blues effloresce

Light is a bloom
a pollen of blue

It powders up under our feet

Roger Garfitt

extrait de Selected poems
Editions Carcanet, 2000

Découvrez le site des éditions Carnanet

traduction de Claude Held

Roger Garfitt est un poète du regard et de la conscience de l’histoire; célébrant les nuances de la lumière, il lit aussi dans les paysages l’inscription du vécu, la trace notamment de ces vies innombrables “passées sous silence, dorénavant indicibles”. Il habite dans le Shropshire et ses Chants de Frontière, suite de poèmes ancrés dans l’histoire des confins du pays de Galles, sont gravés sur des plaques de verre conservées au Centre Régional de Documentation et de Recherche de Shrewsbury. Ses Poèmes Choisis sont publiés par Carcanet.

haut

LA ROUTE ROMPUE

L’eau dans les champs
de laîches blanches

L’asphalte sur les silex
les silex transparaissent

Suivre encore une fois
la route rompue :

est-ce la route qui nous porte
ou ce qui se rompt ?

Le haut du ciel s’assombrit :
une profondeur pénètre les flaques,
l’or des blés envahit l'herbe

Les pierres, soudain lumineuses, s'estompent

D’entre les bleus noirs du goudron
les bleus se délitent

La lumière est fleur
pollen bleu

Elle poudroie sous nos pieds

Sketch

Yielded to windless air
a frail November harebell
rests in a glass
lts stem leans stiffly
Sucking the quiet water
in less-than-outdoor cold
one bud unscrolls its fluted blue

 

Frances Horovitz

Extraits de Collected Poems, 1985

Découvrez le site des éditions Bloodaxe

traduction de Claude Held

Frances Horovitz était particulièrement sensible aux grands espaces naturels : vallée isolée des Cotswold où elle a vécu dix ans, terres hautes venteuses du Mur d’Adrien où elle a passé deux hivers décisifs, confins du pays de Galles où elle s’établit quelque temps avant de mourir prématurément d’un cancer. Elle utilisait souvent le haiku comme esquisse, façon de noter ses impressions dans un premier jet. Son Oeuvre Poétique est publiée par Bloodaxe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

haut

Esquisse

Livrée à un air immobile
une frêle campanule de novembre
repose dans un verre
Sa tige penche raide
un bourgeon qui s'abreuve d'eau calme
dans le froid moins rude de cette pièce
déroule son bleu strié

Une autre ébauche datant de l'époque de Lumière de Neige, Lumière d'Eau : écrite à la ferme de Kiln Hill, sur le site du Mur d'Hadrien, vers la fin de 1981.

Orcop Haiku

Garway HiIl through rain
- my September window pane
glass beads flung on glass

Haïku d'Orcop

Colline de Garway sous la pluie
- ma vitre de septembre
grains de verre jetés sur le verre

Le dernier poème que Frances écrivit. Depuis des mois elle ne quittait plus son lit, son monde se limitait à ce qu'elle voyait par la fenêtre.

Orkney

a scapular of sea
between islands : smooth, shining
as thin bone


feather, mouse-skull, broken
chambered shell
the clean death by water
and salt wind


a roofless cottage
from the dark door space flying
lapwing or whitemaa


your eyes, my eyes
the colour of these islands
a travelling grey

 

Orkney

un scapulaire de mer
entre les îles : lisse, luisant
comme un os mince


plume, crâne de souris, coquille
évidée, brisée
une mort propre
par l'eau et le vent salin


une petite maison sans toit
par l'espace noir de la porte l'envol
du vanneau, du whitemaa


les yeux, mes yeux
la couleur de ces îles
un gris qui bouge

d'un carnet où Frances jetait des notes lors d'une visite à Orkney en avril 1982. Comme très souvent elle leur donna la forme du haïku ou proche du haïku.

Wilson Ward

earless
eyeless
noseless
we drift on
in our lonely beds
the old one
Mrs Rivers
eighty five
floats out
sans everything

Salle Wilson

sans oreilles
sans yeux
sans nez
nous dérivons
sur nos lits solitaires
la vieille
Mme Rivers
quatre-vingt cinq ans
se retire
dépourvue de tout

Ecrit à l'hôpital en août 1983 : "c'est tout ce que je peux faire en ce moment".

WIE WIR SCHLIEFEN

Wir schliefen mit Rissen
in den Wänden, mit Worten
die wir nicht zu denken wagten

du trugst das Schweigekleid
ich versteckte deine Küsse
unter meiner Zunge, wir schliefen
mit Rissen in den Wänden

im Traum verdrehte ich
die Augen und sah uns, wie
wir leise voneinander gingen
wir schliefen mit Rissen
mit Worten, die wir nicht
zu sagen wagten

Björn Kuhligk

Extrait de Am Ende kommen Touristen / A la fin arrivent les touristes, Berlin Verlag, Berlin 2oo2

Traduction de Rüdiger Fischer

Björn Kuhligk est né à Berlin en 1975. En 2ooo a paru à Cottbus Draußen fällt ein Vogel, en 2oo1, à Munich, Es gibt hier keine Küstenstraßen.

haut

COMMENT NOUS DORMIONS

Nous dormions avec des fissures
dans les murs, avec des mots
que nous n'osions penser

tu portais la robe à silence
je cachais tes baisers
sous ma langue, nous dormions
avec des fissures dans les murs

en rêve je roulais
les yeux et je nous voyais
nous quitter sans bruit
nous dormions avec des fissures
avec des mots que nous
n'osions dire

autoportret cu präpastie, vis çi exil

Poezia
o träiesc, nu o scriu.
Valuri de praf concentrice,
îmi sârutä fereastra.
Prin voalul täcerii lor
väd
väd distrugerea
distrugerea caselor
a caselor ce se präbuçesc
ce se präbuçesc în häul tîrziului.
Pe buza präpastiei
mä-nfior
çi ezit
mäcinat de frica
exilului interior.
Scoicä de plumb, täcerea.
Träiesc propria confesiune.

 

Valeriu Stancu
(Autoportrait avec blasphème)
L'arbre à paroles - Collection Monde Latin.

haut

Valeriu Stancu est né en 1950 à Iasi. Marié et père de deux enfants, il est écrivain, journaliste et traducteur il dirige la maison d'édition et la revue "Cronica".

autoportrait avec abîme, rêve et exil

La poésie,
je la vis, je ne l’écris pas.
Des vagues de poussière, concentriques,
embrassent ma fenêtre.
A travers le voile de leur silence
je vois
je vois la destruction
la destruction des maisons
des maisons qui s’écroulent
qui s’écroulent dans un néant tardif.
Sur les lèvres de l’abîme
je frissonne
et j’hésite
rongé par la peur
de l’exil intérieur.
Coquille de plomb, le silence.
Je vis ma propre confession.

Als je arm bent kun je
niet zo gemakkelijk rijk worden.
Als je rijk bent word je ook
niet zo gemakkelijk arm.
Als je rijk bent word je
genakkelijker arm-noch-rijk.

Als je arm bent kun je ook
gemakkelijker arm-noch-rijk worden.
Als je arm-noch-rijk bent kun je
het gemakkelijkste rijk worden.
Als je arm-noch-rijk bent word je ook
het gemakkelijkste arm.

Mark Insingel extrait de Poésie Flamande aujourd'hui, Editions Actes Sud, 1996

(traduit du flamand en français par Albert Bontridder)

haut

Mark Insingel est né en 1935. Depuis 1963, il construit patiemment son œuvre poétique (mais il est aussi romancier) comme si les mots, les poèmes, étaient des endroits à visiter, à explorer, pour les comprendre.

Si tu es pauvre
il n'est pas si facile de t'enrichir.
Si tu es riche il n'est pas non plus
tellement facile de t'apauvrir.
Si tu es riche il est plus facile
de devenir ni riche ni pauvre.
Si tu es pauvre il est aussi plus facile
de devenir ni pauvre ni riche.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
il est facile de devenir riche.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
il est également facile de devenir pauvre.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
le plus difficile est d'échapper à l'angoisse.

An Instant
Sang
before the metronome
swang
its rhythmic finger
to balance human life
with dawk - dawk -

dawk - dawk -.

The music of time
plays on...
No dawk
can be heard
in a dandelion's
Contentiousness.

Tim Holm

extrait de Selected poems
Editions Carcanet, 2000

traduction de Claude Held

Tim Holm, Américain de naissance, est un voyageur européen de la culture. Après des études (littérature et théâtre) en Angleterre (Londres. Oxford) et en Irlande il s’installe durablement en France où il commence en 1984 sa carrière de professeur d’art dramatique au Petit Atelier (Paris. 6e); il y enseigne l’anglais aux enfants par le théâtre. Il est poète, parolier, chanteur, auteur de théâtre; dialoguiste pour le cinéma, il prépare et dirige les acteurs pour le doublage en anglais de leur propre voix (Vittorio Gassman. Stéphane Audran, Michel Blanc, Jacques Villeret, Jean-Pierre Cassel...).

haut

Un Instant
chantait
avant que le métronome
ne balance
son doigt rythmé
pour équilibrer nos vies
d'un tac - tac -

tac - tac -.

La musique du temps
continue...
Aucun tac
ne s'entend
dans la controverse
du pissenlit.

Chiusi nel sogno

Nati dal corpo di
natura, distaccati
e alzati in volo, ma
ricaduti in ansia
e per paura.
Eppure amando
per se stessa,
sì, la vita.
Disamorati
delle cose umane
per l'esperienza
ma poco a poco
assuefatti a rimirarle,
quelle, da lontano
e, nel distacco,
vedendole più belle.
Disposti a sopportare
disagi e strazi
misfatti ed infortuni.
Chiusi nel sogno
intatto di uscirne,
chissà come, immuni.

Paolo Ruffilli

Traduction de Lorand Gaspar

Né en 1949, Paolo Ruffilli a enseigné à l'université de Bologne. Il est responsable des éditions du Léon à Venise et tient la rubrique de critique littéraire du journal "Il Resto del Carlino" de Bologne. Il a publié 8 volumes de poésie depuis 1972 dont le plus important est Piccola colazione (Garzanti 1987). Il a également publié des nouvelles et des essais.

En ligne, le site personnel de Paolo Ruffilli.

haut

Prisonniers du rêve

Issus du corps de
nature, détachés, ayant
pris leur vol, mais,
de peur, retombés
dans l'angoisse.
Pourtant aimant
la vie, certes,
pour elle-même.
Indifférents
par expérience
aux choses humaines,
mais s'accoutumant
peu à peu à les considérer
de loin et, grâce au recul,
les voyant plus belles.
Prêts à supporter
privations et déchirements,
méfaits et malheurs.
Prisonniers du rêve
intact d'en sortir,
Dieu sait comment, indemnes.

PLÖTZLICH

Plötzlich geboren.
Plötzlich die Apfelblüte,
der aberwitzige Wind, dein Gesicht.
Wundertüten, Rufe von Kindern,
Gesetze der Schwerkraft, die Schuld.
Plötzlich sieht man das Leben vorbeigehen
. Plötzlich endet der Weg im Dickicht.
Ist man wirklich - ich las es -
an Ort und Stelle,
wenn man sich nicht mehr zurechtfindet ?
Plötzlich ist die Welt eine Kaltnadelradierung.
Plötzlich wehrlose Tage.

Walter Helmut Fritz

Les clefs ont été échangées
(Die Schlüssel sind vertauscht, Gedichte und Prosagedichte 1987-1991, Eds Hoffmann und Campe, Hamburg 1992)

Traduction Rüdiger Fischer

Walter Helmut Fritz est né en 1929 à Karlsruhe où il vit. De nombreuses publications (poèmes, proses, pièces radiophoniques, romans), dont Gesammelte Gedichte 1979-1994 (anthologie) Das offene Fenster, proses, 1997 Zugelassen im Leben, poèmes, 1999.

haut

SOUDAIN

Soudain la naissance.
Soudain les fleurs du pommier,
le vent fou, ton visage.
Jeux et surprises et cris d'enfants,
les lois de la gravité et le tort. Soudain on remarque la vie qui passe.
Soudain le sentier se perd dans le fourré.
Est-on vraiment - j'ai lu ça -
au bon endroit
quand on ne s'y retrouve plus ?
Soudain le monde est une pointe-sèche.
Soudain les jours sans défense.

 

Visitações,
ou poema que se diz manso

De mansinho ela entrou, a minha filha.

A madrugada entrava como ela, mas não
tão de mansinho. Os pés descalços,
de ruído menor que o do meu lápis
e um riso maior que o dos meus versos.

Sentou-se no meu colo, de mansinho.

O poema invadia como ela, mas não
tão mansamente, não com esta exigência
tão mansinha. Como un ladrão furtivo,
a minha filha roubou-me inspiração,
versos quase chegados, quase meus.

E mansamente aqui adormeceu,
feliz pelo seu crime.

Ana Luísa Amaral
(in 18+1 poètes contemporains de langue portugaise)
Institut Camões / Chandeigne

haut

Ana Luísa Amaral enseigne la littérature anglaise à la faculté des Lettres de l'Université de Porto. Livres publiés : Miha senhora de quê, 1990 (réédition 1999) ; Coisas de partir, 1993 ; Epopeias, 1994 ; E muitos os caminhos, 1995 ; Às vezes o paraíso, 1998.

Visitations
ou le poème qui se croit apprivoisé

Tout doucement, elle est entrée, ma fille.
L'aube est entrée avec elle, mais avec
moins de douceur. Nu-pieds,
elle faisait moins de bruit que mon crayon,
son rire était plus éclatant que celui de mes vers.

Tout doucement, elle s'est assise sur mes genoux.
Le poème entrait avec elle mais pas
avec autant de douceur, pas avec cette sereine
exigence. Comme un voleur discret,
ma fille m'a volé l'inspiration,
ces vers presque nés, presque miens.

Et elle s'est endormie ici, paisiblement,
heureuse de son crime.

later
luister zei mijn vader
later worden alle wolken water
druppel
plas vîjver sloot
rivier misschien wel
stroom
en uiteindelijk de oceaan
wie blijft kikker aan de wal ?
wie wordt schipper
matroos of kapiteins ?

ik trek de lijn
i 1k rond de hoeken
klein ni de moeite zijn
als je aan mijn raad voldoet

maar wat mijn vader sprak
de diepe kloven k zijn wangen
en zijn rirnpelvoorhoofd
het heeft mij niet behoed

ik bleef en ben
hoe
of wat
het haperend klateren
dat ik geworden was

Marcel Wauters
extrait de Poésie Flamande aujourd'hui, Editions Actes Sud, 1996

traduit du flamand en français par Albert Bontridder

haut

Marcel Wauters

plus tard
disait mon père
écoute
plus tard les nuages se transformeront en eau
goutte à goutte
flaque étang caniveaux
peut-être rivière
fleuve
et enfin océan
quel batracien demeurera sur la rive ?
oui sera marin
matelot ou capitaine ?

j’inscris le trait
j’arrondis les angles
l’effort sera insignifiant
si tu suis mes conseils

mais quoi que mon père pût dire
les rides profondes de ses joues
et son front plissé
ne m’ont nullement protégé

je suis et reste
quoi
comment
le clinquant bégayant
que j’étais devenu

 

EROTTUA

Veet syvät päilyvät
ikävää.
Puut yllä häilyvät
syväin vetten.
Ma tiedän, etten
sua enää nää

Tie luotas lähtien
härmärtää.
Vain kuvat tähtien
syöpyy veteen :
Nin silmäin eteen
sun silmäs jää.

Kaarlo Sarkia

extrait de Littératures de Finlande
in Scherzo 16/17, 2002

traduction de Jean-Pierre Rousseau

Kaarlo Sarkia (1902-1945) est un poète dont l'écriture évoque Verlaine par la musicalité de sa langue.

haut

APRÈS L'ADIEU

L'eau profonde reflète
la tristesse.
De grands arbres s'inclinent
sur l'eau profonde.
Je sais : je ne te
reverrai plus.

La route où je m'éloigne
s'obscurcit.
Seul l'éclat des étoiles
imprègne l'eau :
tels, devant mes yeux,
tes yeux demeurent...

Au cœur des mots
Toujours les mêmes fleurs
Vous me parlez d'abeilles
De rameaux
De sève de cigales
Et du matin que vous avez dans l'âme
Et vous fermez les yeux
Sur les secrets de pleine ivresse
L'hiver
Vous le savez
Blanchit le soleil même

Essayez donc
De renverser le ciel sur votre table.

Serge Brindeau

haut

extrait de
Rivière de tout bois

Editions
Saint-Germain-des-Prés

Traduction en italien
de Luce et Francesco Viriat

Serge Brindeau a marqué de son empreinte la poésie de ce siècle. Homme de "Poésie pour vivre", il s'est en particulier beaucoup intéressé à la poésie des autres et est l'auteur d'un ouvrage remarquable intitulé La poésie de langue française depuis 1945.

Nel mezzo delle parole
Sempre gli stessi fiori

Tu mi parli delle api
Dei ramoscelli
Della linfa delle cicale
E del mattino che hai nell'anima
E tu chiudi gli occhi
Sui segreti di piena ebbrezza

L'inverno
Lo sai
Imbianchisce il sole stesso

Prova soltanto
Di rovesciare il cielo sul tavolo.

 

EmigrantII

Am întâlnit emigranti
Pe toate meridianele lumii.

Ce faceti, i-am întreebat.
Noaptea, mi-au ràspuns,
Înaintàm spre Patrie.
Si ziua ce faceti,
I-am intrebat.
Asteptàm, mi-au spus,
Sà vinàa noaptea,
Ca iar sà înaintàm
Spre Patrie.

Si unde ati ajuns ?

Înaintàm spre Patrie.

Nicolae Esinencu

Extrait de Disciplina mondiala Art & X, 1995

Traduction de Gheorghe Chirita

haut

Les émigrés

J'ai rencontré des émigrés
Sur tous les méridiens du monde.

Que faitez-vous, leur ai-je demandé.

La nuit, m'ont-ils répondu,
Nous avançons vers la Patrie.
Et le jour, que faites-vous,
Leur ai-je demandé.
Nous attendons, m'ont-ils dit,
L'arrivée de la nuit,
Pour avancer toujours
Vers la Patrie.

Et où en êtes-vous arrivé ?
Nous avançons vers la Patrie.

à Marta Maternini

Si parlano sottovoce
seduti sul muretto
a motorini spenti
sospirando
I libri abbandonati al grilli
Giugno
Com'è bello sapere che no sano

 

Fabio Scotto

Un extrait de Genetliaco, Passigli Poesia Editore

Traduit de l'italien
par Claude Held

haut

Fabio Scotto est né à La Spezia en 1959. Il vit à Varèse et enseigne la littérature française à l'université de Milan. Il collabore à de multiples revues en Italie et en Europe.

(extrait de la section"Litamíe")

à Marta Maternini

Ils se parlent à voix basse
assis sur le muret
moteurs éteints
soupirant
livres abandonnés aux grillons
Juin
C’est beau de savoir qu’ils ne savent que le vent

RUKE

Pet punih godina
drzala je kundak puske :
ruka vojnica.

Ona je bila prinudena
da dotuce voljenog psa :
ruka lovca.

Ona je citav zivot
zadavala udarce :
ruka boksera.

Ona citav zivot
prinosila ustima casu :
ruka pijanice.

A evo i srecne ruke
koja te dvadeset godina
miluje.

Evo i srecne ruke !

(1968)

Izet Sarajlic

traduction de Mireille Robin

Izet Sarajlic est né à Doboj en 1930 dans une vieille famille musulmane de Bosnie. Témoin engagé d'un demi-siècle, il a ressenti douloureusement les soubresauts de l'histoire, depuis l'invasion nazie jusqu'au bombardement de Sarajevo.

 

 

 

 

haut

MAINS

Pendant cinq années entières,
elle a tenu la crosse du fusil :
main du soldat.

Elle a été obligée
de frapper le chien aimé :
main du chasseur.

Toute la vie,
elle a donné des coups :
mains du boxeur.

Toute la vie,
elle a porté le verre aux lèvres :
main de l'ivrogne.

Mais voici pourtant une main heureuse,
celle qui depuis vingt ans te caresse.
Mais voici pourtant une main heureuse !

(1968)

 

Källan iLippjärv

Framtiden har planerats
i detalh ; den är alltså
onödig. Uträtad går vägen
genom byn rakt över källan.
Det Gjordes i år det som sker
när man asfalterar källor ?
Endast genom att fråga
kan vi undvika svarets
dova tystnad.

Gösta Ågren

extrait de Charbon du jour
Editions Riveneuve, 2000

traduction de G. Rebourcet

 

haut

La source de Lippjärv

On a planifié l'avenir
en détail ; c'est-à-dire qu'il
est inutile. Rectifiée, la route
traverse le village, chevauchant la source.
On l'a construite cette année. Que se passe-t-il,
qu'arrive-t-il quand on recouvre
d'asphalte les sources ?
Rien qu'en posant la question,
on évite la réponse
et son silence sourd.

PARAPLY

så var det han som gifte sig
med ett paraply. om natten
hängde hon på en krok
upp och ner som en död fladdermus
i den tysta tamburen. vad
drömde hon ? vad drömmer
ett nygift paraply ?

regn. som en svart sol
blänker hon i navkapslar
reflekteras av vindrutor
och han kan gå genom regnet
med torra kläder

Stockholms central står där
full av ljus inuti - ett monument
över någon som rest sin väg
en regnig torsdag

det var dagen efter skilsmässan. hans kläder
car genomblöta

Gunnar Harding

Paru dans Anthologie de la poésie suédoise, 2000. Editions UNESCO et Somogy éditions d'art.

Gunnar Harding est né en 1940. Poète, il est aussi musicien de jazz et peintre. Il a consacré une étude à Guillaume Apollinaire et travaille, avec d'autres, à une traduction de l'Ancien Testament à la demande de la Commission biblique suédoise.

haut

PARAPLUIE

C'est donc lui qui s'est marié
avec une parapluie. laquelle pend
la nuit à une patère
tête en bas comme une chauve-souris
dans l'entrée silencieuse. à quoi rêve-t-elle ?
à quoi rêve une parapluie jeune mariée ?

pluie. tel un soleil noir
elle brille dans la pluie obscure
tourne avec les enjoliveurs
se reflète dans les pare-brise
et il passe à travers la pluie

les vêtements secs

la gare centrale de Stockholm est là
remplie de lumière - monument
à la mémoire de quelqu'un en allé
un jeudi de pluie

le lendemain du divorce. ses vêtements
étaient trempés.

MAMA

Már egy hete csak a mamára…
gondolok mindíg, meg-megállva,
Nyikorgó losárral ölében,
ment a padlásra, ment serényen.

Én még öszinte ember voltam,
ordítottam, toporzékoltam.
Hagyja a dagadt ruhát másra.
Engem vigyen föl a padlásra.

Csak ment és teregetett némán,
nem szidott, nem is nézett énrám
s a ruhák fényesen, suhogva,
keringtek, száalltak a magosba.

Nem nyafognék, de most már késö,
most látom, milyen óriás ö -
szürke haja lebben az égen,
kékítök old az ég vizében.

Attila Jozsef

Traduction de Jean Rousselot

Né en 1905, Attila Jozsef est mort en 1937 à l'âge de 32 ans.

haut

MAMAN

Huit jours que je ne pense qu'à maman…
Je m'arrête et je la vois, lestement,
au-dessus de moi emporter son linge
au grenier, dans un lourd panier qui grince.

J'étais tout d'une pièce en ce temps-là :
je hurlais, trépignais, pour qu'en ses bras
dans le grenier ce fut moi qu'elle emmène.
Ce linge gonflé, que d'autres le prennent !

Mais montant son linge, sans me gronder,
sans me regarder, elle l'étendait
et je voyais l'éclatante lessive
tourbillonner comme autant d'ailes vives.

À présent, je ne pleurnicherai point.
Trop tard ! Mais je la vois grandir sans fin.
Ses cheveux gris flottent là-haut. C'est elle
qui dissout le bleu dont est fait le ciel.

DISTANCES

Driving along the unfenced road
in August dusk the sun gone from
an empty sky, we overtook
a man walking his dog on the surf.

The parked car we passed later,
its side-lights on, a woman
shadow in the dark interior
sitting upright, motionless.

And fifty yards farther a runner
in shorts pacing steadily ;
and I thought of the distances
of loneliness.

John Hewitt

haut

DISTANCES

Roulant entre les champs sans clôture
par un soir d'août, soleil disparu
d'un ciel vide, nous avons dépassé
un homme qui promenait son chien sur l'herbe.

Plus tard, ce fut cette voiture garée,
feux de position allumés, et à l'intérieur
l'ombre d'une femme dans le noir,
assise bien droite, immobile.

Et cinquante mètres plus loin, un coureur
en short, aux foulées régulières ;
alors la pensée me vint de ces distances de solitude.

Era un hoyo no muy hondo.
Casi en la flor de la sombra.
No hubiera cabido un hombre
en su obscuridad angosta.
Contigo todo fue anchura
en la tierra tenebrosa.

Mi casa contigo era
la habitacíon de la bóveda.
Dentro de mi casa entraba
por ti la luz victoriosa.

Mi casa va siendo un hoyo.
Yo no quisíera que toda
aquella luz se alejara vencida,
desde la alcoba.

Pero cuando llueve, siento
que las paredes se ahondan,
y reverdecen los muebles,
rememorando las hojas ;

Mi casa es una ciudad
con una puerta a la aurora,
otra más grande a la tarde,
y a la noche, inmensa, otra.

Mi casa es un ataúd.
Bajo la lluvia redobla.
Y ahuyenta las golondrinas
que no la quisieran torva.

En mi casa falta un cuerpo.

Dos en nuestra casa sobran.

Miguel Hernandez
extrait de Cancionero y romancero de ausencias

Miguel Hernandez est né en 1910 à Orihuela. Il fut berger et ... poète. Luttant contre la dictature de Franco, il fut emprisonné et mourut en prison, atteint de tuberculose, à l'âge de 32 ans.

haut

Traduction de Jean-Gabriel Cosculluela et Charles Juliet

Il y avait un trou peu profond.
Presque au coeur de l'ombre.
Aucun corps d'homme ne se serrait serré
dans cette ombre étroite.
Avec toi tout s'ouvrait
sur cette terre d'ombre.

Ma maison avec toi c'était
la chambre obscure.
Par toi dans ma maison entrait
l'éclat la lumière.

Ma maison peu à peu est un trou
Et je ne voudrais pas que toute
cette lumière s'éloigne
sans vie de la chambre.

Mais avec la pluie, je sens
les murs se creuser,
les meubles reverdir,
j'en écarte vivement les feuilles.

Ma maison est une ville,
une porte ouverte vers l'auve,
une autre, plus ouverte, vers le soir,
une autre, vers la nuit, immense.

Ma maison est un cercueil.
Chanson terrible sous la pluie,
d'hirondelles au-dehors
débordant la peur.

Dans ma maison un corps s'absente.

Dans ma maison nous deux reste un nom.

Cas je,
Da si povemo,
ce si ploh lahko kaj povemo,
In da si damo,
ce si ploh lahko kaj damo.
cas je
In kmalu bomo ostali tudi brez njega.



Alojz Ihan

haut

Alojz Ihan est né en 1961. Il est microbiologiste à l'université de Ljubljana et rédacteur en chef de la revue littéraire Sodobnost (Le temps présent).

C'est le temps,
de se parler,
si encore on peut se parler,
et de se donner,
si encore on peut se donner quelque chose.
C'est le temps
et bientôt on restera
sans lui.
Detta ögonblick av seger,
när den Blodröda sprickan
lyser i fängelsemurarna
och jordens förtryckta
vandrar ut Ôver fälten,
där säden och bina sorlar.
Detta ögonblick av vrede
bär du med dig på din hud
som ett lysande band av blod,
som ett offertecken och pris.
Bräschen i Antarktis,
vår gemensamma kontinent.

Jacques Werup

extrait de Anthologie de la poésie suédoise, coédition Somogy/Unesco

 

haut

Traduction de Jean-Clarence Lambert

Cet instant de triomphe
quand la fissure vermeille
éclaire les murs de la prison
et que les opprimés de ce monde
se dispersent dans la campagne
où murmurent les abeilles et les blés.
Cet instant de rage, tu le portes
en toi, sur ta peau
comme un éclatant bandeau de sang,
comme une preuve de sacrifice.
Une brèche dans l'Antarctique,
notre continent commun.
Les échelles de la mort

Le loriot, le loriot par trois fois
Le loriot a coudoyé la rose des vents.
Qui ne l'a vu porter nos cris amers
Sous le fléau narquois qui bat en vain ?

Qui ne l'a vu frapper la nuque
Du sergent grevé du sang des loups ?
Qui ne l'a vu au dernier pli du soir
Aveugler de son aile une épée sans futur ?

Alexandre Voisard

extrait de Liberté à l'aube éditions l'âge d'homme 1967

haut

Alexandre Voisard est né en 1930 à Porrentruy, en Suisse. Ce fut un fervent militant pour l'instauration du Jura suisse en état-canton helvétique autonome. Il a travaillé dans l'industrie et la librairie et il vit maintenant en France, à deux pas de son pays natal.

 

On disait l'eau
captive
la terre morte
ou endormie
quand un oiseau -
je ne sais pas
son nom -
lança sa trille
de vitrier
et tout
se dénoua
- Que vienne ce
cri-là
comme un orage
désiré


Julien Dunilac

Extrait de Précaire victoire
(à paraître aux éditions L'âge d'homme)

haut

Frédéric Dubois (c'est lui...) est né à Neuchâtel en 1924. Il a suivi des études de sciences humaines qui l'ont anené à travailler dans les ambassades et à l'UNESCO. Il a présidé le Comité de la coopération culturelle du Conseil de l'Europe.


 

Dico a te

Dico a te, falso amico,
debole come me vittima
e come me responsabile.

Il bene che abbiamo voluto :
permesso di cantare
nella cella dell'ergastolo.
La poesia vino di servi.

Rispetto e miseria ci hanno chiusa la gola.
E l'ultima parola noi non l'abbiamo detta.

Questa la nostra colpa sola.

Franco Fortini

Extrait de Une fois pour toutes
éditions fédérop

haut

Je te parle

Je te parle, faux ami,
faible, comme moi victime
et comme moi responsable.

Le bien que nous avons voulu :
permission de chanter
dans la cellule du bagne.
La poésie vin d'esclaves.

Respact et misère nous ont serré la gorge.
Et le dernier mot nous ne l'avons pas dit.

Voilà notre seule faute.

Paitsage final

Desertes platges, desertes cases
deserts aigamolls de l'hivern
abocats a les últimes clarors del dia,
tot és absència en els vostres paratges
que les aus furtivament creuen
durant l'estació inclement.
El sol, de tant en tant,
us daura els flancs
i momentàniament retorneu
a la vida pietosa,
els més dolços senyals del cor.

Per uns instants,
també l'home és enganyat
- oh gran miratge de l'amor ! -
abans no l'engoleix
la darrera solitud.

Àlex Susanna

extrait de Les cernes du temps
éditions fédérop 1999.

haut

Paysage final

Désertes plages, désertes maisons,
déserts marécages de l'hiver
contre les dernières clartés du jour,
tout est absence dans vos parages
que les grands oiseaux furtivement traversent
pendant l'inclémente saison.
Le soleil, de temps en temps,
dore vos flancs
et momentanément vous retournez
à la vie compatissante,
aux signes les plus doux du cœur.

Pour quelques instants
l'homme aussi est trompé
- oh grand mirage de l'amour ! -
avant que ne l'engloutisse
la dernière solitude.

Dom na cesti

Leza u prasini kraj ceste.
Niti vidjeh njegovo lice
niti on vidje lice moje.

Zvijezde sisle su, i zrak bijase plav.
Niti vidjeh njegove ruke
niti on vidje ruke moje.

Istok postade ko limun zelen.
Zbog ptice jedne otvorih oci.

Tada doznah koga sam ljubila
citav zivot.
Tada on dozna kome je ruke
grlio uboge.

I uze covjek zavezljaj, i krenu

placuci u svoj dom.
A dom je njegov prasina na cesti
kao i dom moj.

Vesna Parun

extrait de La pluie maudite, éditions Obsidiane

haut

La maison sur la route

J'étais couchée dans la poussière au bord de la route.
Je ne vis pas son visage
et il ne vit pas mon visage.

Les étoiles ont pâli et l'air fut bleu.
Je ne vis pas ses mains
et il ne vit pas mes mains.

L'est devint comme un citron vert.
À cause d'un oiseau j'ouvris les yeux.

Alors je sus qui j'aimais
pour toute la vie.
Alors il sut de qui il embrassait les pauvres mains.

Et l'homme prit son baluchon et partit
en pleurant vers sa maison.
Et sa maison est la poussière sur la route
comme c'est aussi ma maison.

NOVEMBER

Auf der Kommode der
große Junge in Uniform
Erinnerungen fallen
durch die Jahrzehnte

Sieht er nicht aus
wie ein richtiger Mann
sagt die alte Frau
dabei war er erst 17
erst 17 als er fiel

Ihre Blicke laufen die
Hügel hinauf und
stoßen gegen die Wolken
Aus dem gegenüberliegenden
Tal springt das
Manöver in die Dämmerung.

In den Bäumen
hängt der November.

Axel Kutsch

Extrait de
Dans les chambres de la nuit
Traduction Rüdiger Fischer

haut

Axel Kutsch, né le 16 mai 1945 à Bad Salzungen (Thuringe), a passé son enfance et son adolescence à Stolberg (Rhénanie) et à Aix-la-Chapelle;journaliste depuis 1969, il vit à Bergheim-sur-Erft comme auteur et rédacteur.

NOVEMBRE

Sur la commode le
grand garçon en uniforme
des souvenirs tombent
à travers les décennies

N'a-t-il pas l'air
d'un vrai homme
dit la vieille femme
il n'avait pourtant que dix-sept ans
dix-sept ans quand il est mort

Ses regards grimpent
sur les collines et
heurtent les nuages
De la vallée en face
la manoeuvre bondit
dans le crépuscule.

Novembre pendu
dans les arbres.

ApÒye prot…mho£
Cai fugadeÚw tij micršj
Pou perodin…zountai
GÚrw oto fwj
Tou dwmat…ou...

Sotiris Tsambiras

Traduction de l'auteur

haut

CE SOIR

Ce soir j'éprouve la solitude
Et je pousse devant elles
Les petites mites qui tournoient
Autour de l'abat-jour
De la chambre…

 

Det nya samhället på väg, var
finns det?
I drömmarna, i hjärnorna
på några människor
Ett foster som sparkar En människas
ansikte vänt in
mot mörkret, fullt av
ångest Ögonen stora, mörka
Huden spänd
över kindknotorna
Jag rör vid ansiktet med händerna
Huden är mjuk, het
I det ansiktet
finns också det nya samhället på väg
I min älskades
ansiktes tunga spår, uthuggna
ur ett människoliv
Du drömmer om träd, gräs, vatten
ännu rent, och
människor, som inte
gör varandra illa
Barn som får chansen att slå ut
som fulländade blommor
Hjärnans former är mjuka, fritt
vuxna, träd, fåglar
Den rätvinkliga geometrin
är en begränsning av
en större verklighet, en del
av förtryckarnas språk,
en del
av dom flesta människornas liv här
Icke-euklidiska världar
slår ut som nya, fulländade
blommor i mjuk luft

Jag rör vid blommornas ansikten
Det nya samhällets ögon
ser på mig, med
bortvänd, ännu främmande blick


Det oavslutade språket
(Stockholm, Bonniers, 1972)

Göran Sonnevi

Extrait de le langage inachevé
(à paraître)

haut

traduit du suédois par François-Noël Simoneau


La société nouvelle en marche, où
est-elle ?
Dans les rêves, dans les cerveaux
de quelques personnes
Un fœtus qui s'agite Le visage
d'un être tourné
vers l'obscurité, plein
d'angoisse Les grands yeux, sombres
La peau tendue
sur les pommettes
Je touche ce visage avec mes mains
La peau est douce, chaude
Dans ce visage
il y a aussi la société nouvelle en marche
Dans les traces lourdes
du visage de celle que j'aime, creusées
par la vie
Tu rêves d'arbres, d'herbe, d'eau
encore pure, et
d'hommes qui ne
se font aucun mal entre eux
D'enfants qui ont la chance de s'épanouir
comme des fleurs accomplies
Les formes du cerveau sont douces, librement
développées, des arbres, des oiseaux
La géométrie rectangulaire
est une réduction d'une
réalité plus grande, une part
du langage des oppresseurs
une part
de la vie des gens, le plus grand nombre, ici
Les mondes non-euclidiens
éclosent comme des fleurs nouvelles
épanouies dans l'air doux

Je touche les visages des fleurs
Les yeux de la société nouvelle
me regardent, d'un air
absent, encore étranger

(" le langage inachevé " - à paraître)

Le vent s'apprête
à changer de saison

à chaque feuille
qu'il doit emporter
il murmure
sa part de certitude

Marc Dugardin

Extrait de la peur, la plénitude
Édité par la Maison de la Poésie d'Amay - Collection Traverses

haut

 
Et…coi gia mousik»

Den q£'brej pia to prÒswpo
p…sw apÒ to pr£sino fÚllo th sig"j
šsbhse kiÒlaj h mousik", camhlçsan
ta fçta poia upÒsces", camhlçsau
poiej yeudaisq"seij qanaplhçsei
h sobarÒthta miaj £llhj apof£sewj.

K£yw sthn koil£da me tij petaloÚdej
den qa breij pia ta camšna b"mata
eke… tçra h clÒh aneba…nei wj ta gÒnata

k'…swj na'tan aprospšlasth h monaxi£ sou
mšsa sth gumn" dunatÒthta
miaj kainoÚriaj anamon"j.


Phivos Stavridis

extrait de Poésies, 1972
cité dans Prose et poésie chypriote, Hellinoka Kronika 1993

Traduction de Josette Dorion

haut

Phivos Stavridis est né en 1938 à Larnaca. Il a fait des études de pharmacie à Beyrouth et exerce le métier de pharmacien dans sa ville natale. Il fut responsable de la revue "Le cercle".

Vers pour une musique

Tu ne trouveras plus le visage
derrière la verte feuille du silence
déjà la musique s'est éteinte, les lumières
ont baissé. Quelle promesse, je ne sais
quelles illusions à la place
du sérieux d'une autre décision.

Au bas de la vallée aux papillons
tu ne trouveras plus les pas perdus.
Ici désormais l'herbe monte jusqu'aux genoux
peut-être qu'elle était inaccessible ta solitude
au milieu de la possibilité nue
d'une nouvelle attente.

Paesaggi con gatto assente

Uno

Tirata tra i tuoi mille lacci, mai
che m'incammini fiera
seguendo i miei voleri, ed agli snodi
mi perda in strade a caso, non lì dove
potrei trovare ancora
traccia di te.

Mentre stamani
sul cofano della macchina
un'impronta di zampa a quadrifoglio :
e lui, sovranamente altrove.

Due

Poi viene il sonno
su tutto quello che ci siamo detti,
e l'ombra: forse
dimenticanza è rintanarsi in salvo.

Sapessi almeno fare come lui,
che s'infila sotto la coperta, e fuori
lascia solo la punta della coda
come capriccio di memoria.

 

Donata Berra

haut

Traduction de Christian Viredaz

Paysages avec chat absent

Un

Tiraillée entre tes mille pièges, jamais
je ne m'aventurerais fière
en suivant mes propes volontés, ne me perdrais
aux embranchements sur des routes fortuites, non là
où je pourrais trouver encore
trace de toi.

Tandis que ce matin
sur le capot de la voiture
l'empreinte d'une patte comme un trèfle à quatre feuilles :
et lui, souverainement ailleurs.

Deux

Puis le sommeil descend
sur tout ce que nous nous sommes dit,
et l'ombre : peut-être
que l'oubli, c'est se terrer en lieu sûr.

Si seulement je savais faire comme lui
qui se glisse sous la couverture et ne laisse
dépasser que le bout de sa queue
comme un caprice de mémoire.

Mrtve stvari

Dez je zlilal kamenje.
Voda stoji na ognjiscu.
Dez podira pec.
Pesez zasipa klet.

Trta je podivjala.
Vodnjak se seseda.
Poslednji zid se krusi.

Osat rase v koti,
Kjer je stala miza.
Tihi pogovori zvecer,
Ocetov komolec na mizi.
Mrtvi oce.

Tvoj komolec je razpadel.
Tvoja roka je zemlja.
Kdo bo ukrotil trto.
Kdo bo sakuril na ognjiscu.
Kdo bo izkopal spod njega
Razpadajoce obraze mrtvih let.

Dane Szjac

Traduction de Zdenka Stimac

haut

Dane Zajc est né 1929 à Zgornja Javoršcica, en Slovénie. Poète et dramaturge, il a aussi collaboré à des revues de littérature et fut président de l'association des écrivains slovènes.

Choses mortes

La pluie a poli les pierres.
L'eau stagne sur le foyer.
Le poêle s'effondre sous la pluie.
Le sable envahit la cave.

La vigne devient sauvage.
Le puits s'affaisse.
Le dernier mur s'effrite.

Un chardon pousse dans le coin
où se trouvait la table.
Conversations silencieuses le soir,
coude du père sur la table.
Père défunt.

Ton coude s'est décomposé.
Ton bras est terre.

Qui domptera la vigne.
Qui allumera le foyer.
Qui en déterrera
les visages décomposés des mortes années.

 


 

António José Queirós

Extrait de Memoria do Silêncio
(Porto, 1989)
traduit du portugais par Raymond Farina

haut

António José Queirós est né en 1954 à Vila Meâ. Il a animé la revue Cadernos do Tamega.


MÉMOIRE DU SILENCE

-1-

Regarder les ombres.
Peindre le clair-obscur
des choses.

Réinventer les formes
et les volumes.

Transmuer une couleur
en vin et en pain.

Sur la toile
de nouveau le miracle.

DEM OKTOBER ZU

Vielerlei Herbste
abgefallene Blätter bewegt
von keinem Windhauch
und von keinem Besen. Deckendes
Dach unsichtbarer Tiere.
Ähnlich hause auch ich
unter Büchern
überkommen aus Jahrhunderten
als wären das Bäume gewesen.

Günter Kunert

Traduction de Rüdiger Fischer

haut

VERS LE MOIS D'OCTOBRE

Feuilles tombées
de bien des automnes
jamais remuées par le vent
ou un balais. Toit qui recouvre
des animaux invisibles.
Semblable ma demeure
entre les livres
transmis depuis des siècles
comme s'ils avaient été des arbres.

Poema con vistas al patio interior del domicilio del poeta

Sobre los restos de la noche
tu te levantas
de tu lecho neutro,
del dormir sin soñar,
de tu no estar en ti.
Te levantas a oscuras
y vas a la ventana.
De par en par las abres
sin pensar todavía.
Y al abrirla
qué hacer
con toda esa claridad inválida que entra.



José Luis Jover

Extrait de
Sólo tienes que pensarlo
cité et traduit dans L'invention des voix, éditions Voix d'Encre

Traduction de Jean-Gabriel Cosculluela

haut

José Luis Jover est né en 1946. Il est journaliste à Radio National de España. Il a traduit la poésie de Pessoa et Ungaretti.

Poème avec vue sur la cour intérieure de la demeure du poète

Sur les ruines de la nuit
tu te lèves
de ton lit sans éclats,
du sommeil sans rêve,
de ton absence en toi.
Tu te lèves dans l'obscurité
et va vers la fenêtre.
Tu l'ouvres à deux battants
vide encore de toute pensée.
Et en l'ouvrant
que faire
de toute cette clarté infirme qui entre.

C'est un puits

je l'ai fait comme un œil
et sa nuit est la mienne

c'est un pain

je le ferai comme un fruit
sans noyau

car le cœur est ainsi

c'est du sel
la mer l'a laissé là

elle qui fait tout le tour
de la blessure.

Werner Lambersy

haut

Extrait de L'arche et la cloche
Éditions Les Éperonniers 1988

 
Erwachen

O Frühlings Grauen,
Das uns wieder
hinauswirft ins Jahr.
Der Schnee von Wiesen geht,
der Greis übern Zaun blickt
mit den gleichen Augen.

Früh steht er.
Die Stirn sich ihm rötet,
wo er die Vögel hört,
die über Nacht
Einfielen ins Feld.

Franz Tumler

Extrait de Aus Anruf, Albert Langen Georg Müller Verlag, München 1941

(c) Traduction de Rose-Marie François

haut

Autrichien, Franz Tumler est né en 1912. Il a un an à la mort de son père. Il fut instituteur de 1930 à 1938. Marin pendant la guerre, il fut brièvement emprisonné en 1945. Il est mort en 1998.

Éveil

O printemps effroyable
qui nous
relance dans l'année.
La neige quitte les prairies ;
le vieillard, par-dessus la clôture,
a le même regard.

Il est là très tôt.
Son front rougit
quand il découvre les oiseaux
qui la nuit
ont envahi le champ.

 

Nots

I dà nots
chi's plajan intuorn las spadlas
sco saida,
i dà nots
chi spettan coura sco ladras,
nots
sco tailas d'arogn
tanter fögliom e früts cotschens
e nots
chi'ns piglian adascus
e'ns transmüdan.

Rut Plouda

Traduction de Denise Mützenberg

haut

Rut Plouda est née à Tarasp en 1948. Institutrice de formation, elle vit aujourd'hui à Ftan. De langue romanche vallader, elle a publié en 2001 chez Octopus, à Coire, Sco scha nuglia nu füss.

Nuits

Il y a des nuits
qui se drapent autour des épaules
comme de la soie,
il y a des nuits
qui attendent dehors
comme des voleuses,
nuits
comme toiles d'araignées
entre feuillage et fruits rouges
et nuits
qui nous saisissent à la dérobée
et nous changent.

Non mi meraviglia piú nulla

Ho le tempie che gridano
dalla stanchezza,
la luce sul mio volto
si muove
con un greve sapore di pietra.
Non mi meraviglia piú nulla ora.
Non so cosa mi manca ;
so che ho sete tanta nel cuore,
so che vorrei
buttarmi tra le braccia

di una notte stellata,
vorrei essere bianco
como un prato ricoperto di neve.

Ferruccio Brugnaro

Extrait de Le printemps mûrit lentement, fédérop (poésie bilingue) 2002

Traduction de Jean-Luc Lamouille

haut

Ferruccio Brugnaro est né à Mestre en 1936. Ouvrier dès l'âge de 18 ans, il s'impliqua toute sa vie dans de nombreuses luttes ouvrières. Autodidacte en poésie, il fait entendre, dans le monde poétique, une voix originale.

Plus rien ne m'émerveille

Mes tempes crient
de fatigue,
la lumière se déplace
sur mon visage
avec un pesant goût de pierre.
Plus rien ne m'émerveille maintenant.
Je ne sais ce qui me manque ;
je sais que mon cœur est si altéré,
je sais que je voudrais
me jeter entre les bras
d'une nuit étoilée,
être blanc
comme un pré recouvert de neige.

 

BULDOZERUL

Tu îmi ceri sa scriu
poezii frumoase,
dar nu vezi ca din frumusete n-a mai ramas nimic:
e ca si cum i-as pune propriului mormînt
papion verde,
e ca si cum mi-as trage peruca lui Mozart pe cap
si as iesi sa salut secolul care trece.

Încerc sa scriu,
dar ma pomenesc curatind în ritm dactilic cartofii,
vreau sa gîndesc,
dar ideile mugesc ca vitele în abatoare.

Oare vîntul care misca atît de armonios frunzele
a amestecat brusc valorile
sau tu, Doamne, ai îmbatrînit
si începi sa confunzi notiunile?
Caci iata: vara nu mai este vara,
copacul nu mai este copac,
mlastina se da drept copie a marii,
goarna se pomeneste în zori altoita pe pian.

Si, ca o dovada a firii tale dialectice,
vine buldozerul sa ma convinga
de farmecul romantismului sau funciar:
prrr-poc, prrr-poc, prrr-poc
rrrr, rrrr, rrrr…

Si, Doamne, n-am nici un motiv
sa nu-l cred.


Arcadie Suceveanu

Traduction de Georghe Chirita

haut

Poète, essayiste.
Né le 16 novembre 1952 dans le village de Sirokaia Poleana (ex - Suceveni), Cernauti, le Nord de la Bucovine. Diplômé de l'Université d'État de Cernauti, faculté de langue et littérature roumaine (1974). Professeur à l'école, rédacteur, rédacteur en chef aux Éditions Hyperion de Chisinau. Vice-président de l'Union des Écrivains de la République de Moldova. Auteur de plus de 20 volumes de poésie, essais et livres pour enfants, abécédaires et manuels scolaires.
Lauréat de plusieurs prix pour la poésie, y compris le Prix de l'Académie Roumaine (1997) et le Prix National de la République de Moldova (1998).

LE BULLDOZER

Tu me pries d'écrire
de belles poésies
mais tu ne vois pas
que la poésie s'en est allée en poussière :
c'est comme si je mettais à ma propre tombe
un papilon vert,
c'est comme si je me mettais la perruque de Mozart
pour sortir saluer le siècle qui passe.

J'essaie d'écrire
mais je me vois épluchant
au rythme dactylique
des pommes de terre,
je veux réfléchir,
mais les idées mugissent
comme les animaux à l'abattoir.

Est-ce que le vent qui agite si harmonieusement les feuilles
a mélangé brusquement les valeurs
ou bien toi, mon Dieu, tu as vieilli
et commences à confondre les notions ?
Car voilà : l'été n'est plus l'été,
l'arbre n'est plus l'arbre,
le marécage se fait passer pour la copie de la mer,
la trompette se voit à l'aube greffée sur le piano.

Et, comme preuve de ton esprit dialectique,
le bulldozer vient me convaincre
du charme de son romantisme foncier :
prrr-pan, prrr-pan, prrr-pan,
rrr, rrr, rrr…

Et, mon Dieu, je n'ai aucun motif
de ne pas le croire.

AS PALAVRAS

São como um cristal,
as palavras.
Algumas, um punhal,
um incêndio.
Outras,
orvalho apenas.

Secretas vêm, cheias de memória.
Inseguras navegam ;
barcos ou beijos,
as águas estremecem.

Desamparadas, inocentes,
leves.
Tecidas são de luz
e são a noite.
E mesmo pálidas
verdes paraísos lembam ainda.

Quem as escuta ?Quem
as recolhe, assim,
cruéis, desfeitas,
nas suas conchas puras ?


Eugenio de Andrade

haut

Extrait de 5 poèmes, Campos dans letras 1997.
Traduction de Michel Chandeigne.

LES PAROLES

Elles sont comme un cristal,
les paroles.
Certaines, un poignard,
un incendie.
D'autres,
seulement de la rosée.

Grosses de mémoire, elles viennent en secret.
Incertaines, elles naviguent ;
navires ou baisers,
les eaux frémissent.

Désemparées, innocentes,
légères.
Tissées de lumière,
elles sont la nuit.
Même pâles,
elles rappellent encore de verts paradis.

Qui les écoute ? Qui
les recueille, ainsi,
cruelles, défaites,
dans leur nacre pure ?

stjörnufræði hins svanga

óseðjandi mánar
fylgja honum heim
á degi jafnt sem nóttu

þeir svífa yfir húsþökunum
snapandi sér í svanginn

vetur-sumar-vor-og-haust

uppáhaldsmaturinn
pízza með fjallagrösum
og rjómaís

þeir eru það sem þeir borða


Sjón

Traduction de Catherine Eyjólfsson

haut

Sjón est né en 1962 à Reykjavík où il réside et travaille.

l'astronomie de l'affamé

d'insatiables lunes
le suivent jusque chez lui
de jour comme de nuit

en vraies pique-assiettes
elles planent au-dessus des toits

printemps-automne-hiver-comme-été

leur plat préféré
une pizza au lichen
et puis une crème glacée

elles ne sont que ce qu'elles mangent

Egy angyal
akkor jön
hallani szárnysuhogását
biztos mozdulatokkal
húzza le a takarót
már tizenkilenc éve
hogy minden éjjel
feldúlja az ágyam
alaposan végigkutat
végül a hátamra ül
és töpreng
rakosgatja hideg lábait
ha megmozdulok elrepül
ha elrepül megmozdulok

Péter Zilahy

haut

Péter Zihaly

Un ange passe quand
s’entend le battement de ses ailes
d’un geste sûr
il repousse la couverture
ça fait dix-neuf ans
que chaque nuit
il retourne mon lit
de fond en comble
enfin s’installe sur mon dos
pour réfléchir
arrange ses pieds froids
si je bouge il s’envole
s’il s’envole je bouge

LAPS

Aastast aastasse
suvevihmade hiilgus
läbi lehtede nõrgub.

Igal pool on teed
niisama kõvad.

Kui suled silmad,
sa ei ole kunagi elanud
maailmas.


Viivi Luik

Traduit en français par Antoine Chalvin

haut

Viivi Luik (née en 1946) a publié son premier recueil de poèmes à l'âge de dix-huit ans. Elle écrit maintenant surtout des romans. Elle vit aujourd'hui en Italie.

L'ENFANT

Année après année
la brillance des pluies d'été
goutte entre les feuilles.

Les chemins ont partout
la même dureté.

Quand tu fermes les yeux,
tu n'as jamais été au monde.

à la fin
on déboulonne

toujours
à mains nues

les statues
mais on laisse

les socles
de marbre

 

prise
de vue

une main
écorchée

martèle
de la semelle

un visage déchiré

on se révolte
comme on peut


René Welter

extraits de :
opération rétablir l'espoir dans le carnet rouge

haut

René Welter est né en 1952. Il vit et travaille à Dudelange, au Luxembourg. Il a publié une trentaine de recueils.
Dernières publications :
comme une lettre après l'autre (Alpha Presse Sulzbach)
le dernier repentir en collaboration avec Marcel Migozzi (La Porte, Lyon)

dans l'angle
mort

un bout
de carton

planté
sur trop

peu de terre
retournée

porte un nom

qui sèche
à peine

après le dernier
check point

des enfants
au bord

de la poussière
surgis

de nulle part
portent

la bouche
à la main

"Verlangen steeds, verliezen toch."
J.J. Slauerhoff - Een eerlijk zeemansgraf

Zij voeren naar de poorten van de hemel,
de nacht beloofde alles, achter sterren
een gouden lichtplas, luxueus vermorst.

Zij dreven over wateren van vergeten,
hun weg was lang geweest, als zand hun dorst,
hun reis een raadsel als een mensenleven.

Het einde kwam nabij. De laatste veerman
had zware tol geëist. De laatste branding
zou hen verheffen tot het paradijs.

Waar zijn zij heen? Waar zijn zij aangeland?
Hoe stil zijn zwarte vrouwen op een strand.


Geert van Istendael

haut

Geert van Istendael (1947) est un journaliste du journal télévisé flamand. Il écrit une poésie vivace et accessible, dont le temps, l'espace et l'émerveillement sont les thèmes centraux.

"Désirer toujours, cependant perdre."
J.J. Slauerhoff - Une vraie tombe de marin


Ils s`en allaient jusqu`aux portes du ciel,
la nuit tout promettait, passé les astres
une flaque d`or clair tant prodiguée.

Ils naviguaient sur des eaux oublieuses,
longue la route et la soif, tel du sable,
comme la vie leur voyage, une énigme.

Proche la fin le dernier nautonier
au lourd péage. Et l`ultime ressac
qui les fera monter au paradis.

Où sont-ils à présent ? Où ont ils débarqué ?
Le calme de ces femmes en noir sur la plage.

PRIMA OARÀ

a vedea
ce nu se poate privi
a asculta ce nu se poate rosti
ça si cum te-ai naste-n plin soare
ça si cum tôt ce stiai
ar mûri

iatâ
se trezesc
din fesâturi, din oase, din farina
ça dintr-un cort les afarâ
se-nalfâ ça oflacârâ linâ
si se vâd
se vâd
prima oarâ



Daniel Turcea

Daniel Turcea est né en 1945. Sa poésie renvoie à une expérience mystique. Son écriture, dépouillée jusqu'à la fulgurance, est empreinte d'humilité. Turcea est mort en 1979. Il avait 34 ans.

haut

LA PREMIÈRE FOIS

voir
ce qu'on ne peut pas regarder
écouter ce qui ne peut pas être dit
comme si tu naissais en plein soleil
comme si tout ce que tu savais
mourait

voici
ils se réveillent
d'entre les tissus, les os, le limon
comme d'une tente ils sortent
s'élèvent comme une flamme lente
et se voient
se voient
pour la première fois



Carl Norac

haut

Carl Norac est né dans le Hainault belge. Animateur culturel, il se consacre désormais à l'écriture. Il vit près d'Orléans.


Qui êtes vous
cela m'importe de l'oublier

la mémoire des autres
peut trembler sans moi
s'assouvir sans moi
s'éteindre sans moi ou atteindre
la précision ultime

je m'ébahis de tout
je bêle quand il faut
me gratte où votre lèpre
par instants me démange
et c'est assez pour faire un monde

Le maintien du désordre
Caractères, 1990

Les outils du voyage

Je tiens un chien contre mon coeur
comme une gourde de vin rêche.
Je suis au bord de l'animal
quelqu'un qui veut vivre debout.
Et je bois à même la bête,
et je bois à même l'instinct
ce qui doit aboyer en l'homme,
un chien rouge contre son coeur.

Le voyeur libre
Les éperonniers, 1995

As Children Draw


Mr. Sun this morning you're as children draw you -
startled by your own exclamatory rays
as incredulous to feel yourself in splay
as I am walking these tracer streets
shot out from starbursts at Etoile Bastille
République Opéra Italie
This morning it's as though by your design
all else is urged to radiate
You doubt? - For proof I'll toss a pebble in the Seine
beneath where you surprise the glass of Notre-Dame
whose rose within rose unfurls in your beam
to cast a second flowering on the pallid stone
Even the grids protecting treeroots
mimic your way of opening out
and the cobbles are rippling away beyond them
fanning to surge wave onto wave -
and I Mr. Sun am going to bathe


Keith Barnes

haut

Keith Barnes est né en 1934. Il a d'abnord été compositeur avant de se consacrer exclusivement à la poésie, écrite lors de ses voyages à travers le monde. Il est mort en 1969.

 

Dessin d'enfant


M. Soleil ce matin tu ressembles à un dessin d'enfant -
ébahi par tes propres points d'exclamation
aussi étonné de te sentir radier
que moi qui marche dans ces rues bien tracées
éclatées en étoiles à l'Opéra à la Bastille
l'Arc de triomphe République Italie
Ce matin c'est comme si pour t'imiter
tout se mettait à rayonner
Tu en doutes ? - La preuve ! Je lance un caillou dans la Seine
juste là où tu surprends les vitraux de Notre-Dame
D'elle-même la rosace s'ouvre dans ta lumière
et projette sur la pierre une autre floraison
Même les grilles des arbres miment
ta manière de t'épanouir
autour d'elles les pavés se mettent à onduler
ils s'ouvrent en éventail se soulèvent vague après vague -
et moi M. Soleil je baigne dans le bonheur

vetmia

bota mbet
planetë e mërguar

lule e heshtjes

maja e shpatës
në bebëz të dritës

vetëton



Ali Podrimja

Originaire de Kosova, Ali Podrimja a vécu plus de quarante ans dans un monde de conflits ouverts ou larvés, plongeant l'écriture dans la douleur, le désespoir, le sarcasme, la colère. Dans une volonté de résistance aussi, qui fait du poème le refuge d'un peuple.

haut

Traduit de l'albanais par Alexandre Zotos

Texte extrait de Défaut du verbe
(c) Cheyne éditeur
(collection D'une voix l'autre)

solitude

le monde est resté là
planète d'exil

fine fleur du silence

épée pointée
sur l'iris de la lumière

il fuse des éclairs

АБРАКАДАБРА

Звездите  ми  телеграфират с морзовата азбука на детството:

Абракадабра!
Абра-кадабра!
Аб-ра-кадаб-ра!

Отвъд далечните невидими пристанища,
обрасли с радиоантени и радари,
отвъд космическите полигони,
отвъд морето и земята,
отвъд света ни,
уловен в компютърната мрежа,
до мене изведнъж долита
непрограмирана парола:
Абракадабра.

В края на това агонизиращо столетие
нима най-сетне боговете са си спомнили за нас
и почват да ни викат,
за да ни кажат  нещо съдбоносно важно?
Така навремето в началното училище
след шумното голямо междучасие
разсилните излизаха на двора
и биеха звънеца,
за да влезем в час.
Но боговете не объркват ли сигнала?
Нали той беше SOS ?


И все пак откъде ми е позната тази странна дума:
Абракадабра?
Кога ли съм я чувал?
Като че ли и аз съм я изричал някога?

И си припомням имена на кораби,
които винаги отплаваха без мене.
И си припомням имена на острови,
където няма никога да стъпя.
И си припомням имена на призрачни съзвездия –
съцветия, които няма да откъсна.

И неочаквано –
между две срички тишина –
ме осенява споменът.
За миг затварям своите очи
и падам в бързея от слънце:
Абракадабра!


Приятели от детството,
как сме забравили спасителното заклинание?
Момиченцата с пърхащите бели панделки,
орисани да станат черни Пенелопи,
нанизваха синците от обикновени буквички
в конеца на небесната дъга.
И връзваха вълшебните огърлици на вратовете ни.
И ни  желаеха щастливи одисеи.
И ние – лековерните деца на боговете,
отплавахме натам,
където сочеше четвъртото листо на детелината.
Четвъртото листо,
което след това съдбата ни открадна.


Абракадабра!
Разбира се,
това е думата,
която всеки някога е знаел,
но постепенно е забравил.
Докато накрая е загубил безвъзвратно.
Тъй както сме забравили
приятелите си от детските години –
ездачите на морски кончета,
гребците от прогнилата трирема,
летящите холандци в небесата.
Тъй както сме забравили
момиченцата с бели панделки
в лиманите на паметта си.
Тъй както сме забравили любимите,
 а после и голямата любов.
Тъй както сме забравили и себе си,
за да се лутаме сега безцелно в делника
и да затъваме в това тресавище
с разнищени души на корабокрушенци –
объркани,
отчаяни
и озлобени.


Звездите продължават да телеграфират:
Абракадабра!
Целебната четирилистна дума.
Думата на всички думи.
Думата,
която обяснява всичко.
Думата,
в която се разискря цялата поезия.
Абракадабра!


И се разбягва глутница от  прокълнати сенки.
И изведнъж нахлува в мене
забравения вкус на лудо чудо.
И ме обзема музиката на морето,
безкрайните импровизации на вятъра,
симфонията на тръпчивия простор и на вълните.


Абракадабра!
Разпалвам с дъх стихиите.
И не сърце,
а късче от  безкрая
пулсира в моите гърди…
И вече ми е все едно
кой ще изтегли утрешния ден
като протрита карта
от хазартната колода.


Отвъд покрайнините на света,
отвъд предградията на живота,
отвъд това хилядолетие –
аз чувам ехото да ми отвръща,
аз чувам бъдещето да ме вика
с гласа на ранобуден странник:
Абракадабра
 Абракадабр
  Абракадаб
   Абракада
    Абракад
     Абрака
      Абрак
       Абра
        Абр
         Аб
           А



Ivan Borislavov

Ivan Borislavov est né en 1946 à Varna (Bulgarie).

Poète, essayiste, traducteur, il a été, en 2001, l'un des écrivains bulgares invités pour les Belles Etrangères


Traduit du bulgare par Marie Vrinat

 

haut

bracadabra


Les étoiles me télégraphient dans l'alphabet morse de l'enfance:
Abracadabra!
Abra-cadabra!
Abra-cadab-ra!
Par-delà les ports lointains et invisibles,
hérissés d'antennes et de radars,
par-delà les polygones cosmiques,
par-delà la mer et la terre,
par-delà notre monde
enfermé dans les mailles du filet informatique,
me parvient tout à coup
un mot de passe non programmé:
Abracadabra!


A la fin de ce siècle agonisant,
est-il possible que les dieux se soient enfin souvenus de nous
et qu'ils commencent à nous crier
des messages fatalement importants?
C'est ainsi qu'à l'époque, à l'école primaire,
après la grande récréation bruyante,
les surveillants sortaient dans la cour
et faisaient sonner leur clochette
pour nous faire entrer en cours.
Mais les dieux ne confondent-ils pas le signal ?
N'était-ce pas SOS ?


Et pourtant, pourquoi m'est-il connu, ce mot étrange:
Abracadabra !
Quand ai-je bien pu l'entendre ?
On dirait même que je l'ai prononcé un jour ?
Et je me rappelle le nom de vaisseaux
qui levaient toujours l'ancre sans moi.
Et je me rappelle le nom d'îles
où je n'irai jamais.
Et je me rappelle le nom de constellations fantomatiques
constellations de fleurs que je ne cueillerai jamais.


Et brusquement,
entre deux syllabes de silence,
le souvenir me revient.
Un instant je ferme les yeux
et tombe dans les rapides du soleil:
Abracadabra!

Amis de mon enfance,
comment avons-nous pu oublier la formule magique salvatrice?
Les fillettes aux rubans blancs frémissants,
destinées à devenir de noires Pénélopes,
enfilaient des lettres ordinaires, perles bleues,
sur le fil de l'arc-en-ciel.
Puis elles nouaient les colliers magiques à nos cous.
En nous souhaitant d'heureuses odyssées.
Et nous, fils crédules des dieux,
nous mettions les voiles pour les lieux
indiqués par la quatrième feuille du trèfle.
Ces trèfles à quatre feuilles
qu'ensuite le destin nous déroba.

Abracadabra!
Bien sûr,
c'est le mot
que chacun un jour a su,
et peu à peu oublié.
Avant de le perdre définitivement.
Tout comme nous avons oublié
les amis de nos années d'enfance,
les cavaliers d'hippocampes,
les rameurs de la trirème décomposée,
les Hollandais volants dans les cieux.
Tout comme nous avons oublié
les fillettes aux rubans blancs
dans les limans de notre mémoire.
Tout comme nous avons oublié les bien-aimés
puis notre grand amour aussi.
Tout comme nous nous sommes oubliés
et nous errons sans but, maintenant, dans le quotidien,
et nous nous enfonçons dans ce marais,
avec le coeur effiloché des naufragés,
perdus,
désespérés,
aigris.

Les étoiles continuent de télégraphier:
Abracadabra!
La formule à quatre feuilles qui guérit de tous les maux.
Le mot de tous les mots.
Le mot
qui explique tout.
Le mot
qui fait étinceler toute la poésie.
Abracadabra!

Alors est mise en fuite la meute des ombres maudites.
Et tout à coup fait irruption en moi
le goût oublié d'un miracle fou.
Et m'envahissent la musique de la mer,
les improvisations sans fin du vent,
la symphonie de l'âpre grand large et des vagues.

Abracadabra!
De mon souffle j'enflamme les éléments.
Et dans ma poitrine bat
non pas un coeur
mais un morceau de l'infini ...
Et peu m'importe désormais
qui va étirer le lendemain
comme la carte usée
d'un jeu de poker.

Par-delà les confins du monde,
par-delà les faubourgs de la vie,
par-delà ce millénaire,
j'entends l'écho me répondre,
j'entends l'avenir me crier,
avec la voix d'un vagabond matinal:

AbracadabrA
AbracadabR
AbracadaB
AbracadA
AbracaD
AbracA
AbraC
AbrA
AbR
AB
A
Cogito ergo sum

Man var atnemt pëdéjo svàrku,
Var izdzît kà suni vëjà,
Var simtreiz piesolît zàrku,
Var melîgi smieties sejà;

Var laurus un prëmijas iedot
Var turigà dzîvë spidzinàt,
Manai ërtîbai pêdëjo garozu ziedot
Un sévi ar zemi lîdzinàt.

Bet kaut kas paliek, cel galvu zalu
Par visu, kas nemts un dots.
Ta ir doma. Kamër tai lauju valu,
Es esmu apbrunots.


Knuts
Skujenieks

Knuts Skujenieks est né à Riga en 1936. Formé à l'institut Gorki à Moscou, il a passé des années en camps d'internement en Sibérie puis en Mordovie à cause de ses activités patriotiques. Il a beaucoup ,écrit en prison.

Traduit du letton par Rose-Marie François


 

Cogito ergo sum

On peut m'enlever ma dernière chemise,
Me chasser comme un chien dans la pluie,
On peut cent fois me promettre un cercueil,
On peut me sourire avec hypocrisie;

On peut m'offrir des prix et des lauriers
On peut me torturer dans une vie facile,
Sacrifier à mes aises la dernière croûte de pain
Et s'incliner jusque par terre.

Il reste quelque chose qui lève sa tête verte
Par-dessus tout ce qui est pris et donné.
C'est la pensée. Tant que je la laisse faire,
Je suis armé.


Ce texte est extrait de  Pieds nus dans l'herbe, l'Arbre à Paroles 2002

JON


kako zahaja sonce?
kot sneg
kakšne barve je morje?
široko
jon si slan?
slan sem
jon si zastava?
zastava sem
vse kresnice počivajo

kakšni so kamni?
zeleni
kako se igrajo kužki?
kot mak
jon si riba?
riba sem
jon si morski ježek?
morski ježek sem
poslušaj kako šumi

jon je če teče srna skozi gozd
jon je če gledam goro kako diha
jon so vse hiše
slišiš kakšna mavrica?
kakšna je rosa?
spiš?



Tomaž Šalamun


Traduit du slovène par Mireille Robin et Zdenka Štimac avec l'auteur


 

JONAS

comment le soleil se couche-t-il ?
comme la neige
de quelle couleur est la mer ?
immense
jonas es-tu salé ?
je suis salé
jonas es-tu drapeau ?
je suis drapeau
toutes les lucioles reposent

comment sont les pierres ?
vertes
comment les chiots jouent-ils ?
comme le pavot
jonas es-tu poisson ?
je suis poisson
jonas es-tu oursin ?
je suis oursin
écoute ce bruissement

une biche court dans le bois, et jonas est là
je regarde la montagne respirer, et jonas est là
jonas ce sont toutes les maisons
entends-tu cet arc-en-ciel ?
comment est la rosée ?
tu dors ?

the tree
 
between the trees
can be seen the tree
a pale sun chose
as lantern
 
between one tall darkness
its own uniqueness
radiant
 
its white greenness
drawing the sun's
essence as if
a mirror itself.

et le poème en Écossais

a chraobh

eadar nan craobh
chithear a’ chraobh
a thagh grian fhann
mar lòchran

eadar dubhar caol àrd
agus dubhar caol àrd
’n a sònrachd fhéin
a’ deàrrsadh

a guirme geal
a togail brìgh
na gréine mar
gur sgàthan i




Aonghas MacNeacail

Aonghas MacNeacail  est né en 1942 à Vig, sur l'île de Skye en Ecosse. Poète, il s'exprime en anglais et en écossais. il est aussi scénariste et journaliste.

Traduit de l'anglais par
Jean-Pierre Rodriguez

l'arbre
 
entre les arbres
apparaît l'arbre
q'un pâle soleil a choisi
pour lanterne
 
entre une haute forme sombre
et une autre haute forme sombre
sa singularité
irradie
 
sa verte blancheur
aspire l'essence du soleil
comme ferait un miroir.

PRAELUDIUMr


Στης ν?χτας το ελ?χιστο ξαν?,
λ?ξεις σεπτ?ς, μεσ' απ? φ?τα
και σκι?ς προγονικ?ς πλοηγ?ντας,
τι ?λλο μο? μ?νει παρ? να στραφ?
πλησ?στιος μα κι αργ?ς,
ανα?μακτος μα πορφυρ?ς,
στην αγκαλι? σου π?λι

Αφο?, λευκ? σελ?δα, εσ?,
μον?χα εσ? το ξ?ρεις,
πως αν τη μ?χη μου μαζ? σου
προσδοκ? να την κερδ?σω,
κι ?χι σαν τους πολλο?ς
στου σ?ματ?ς σου τις ρωγμ?ς
και στο λιμ? του κ?λπου σου
ρ?ψασπις να κρυφτ?,
δι?δοχος αισχρ?ς εξα?σιου κρ?τους

Αν ?λα αυτ? δεν θ?λω,
ν? ο καιρ?ς

Με ?χους και φθ?γματα οχυρ?
στο πρ?σωπ? σου το πορ?δες να ταχθ?,
σαν ωραι?τητα ?νοπλη
να λ?μψω ?λος μελ?ν




Kostas Koutsourelis

Kostas Koutsourelis est né en 1967 à Athènes.

Traduit du grec par Kostas Koutsourelis

PRAELUDIUM

Au bout de la nuit une fois encore,
des mots vénérables, émergeant de la lumière
et des ombres ancestrales à la barre,
que me reste-il d’autre que de me diriger
à pleines voiles mais lentement
exsangue mais couvert de pourpre,
dans tes bras de nouveau

Puisque toi, page blanche,
Toi seule le sais,
que si ce combat contre toi
j’espère le gagner,
et pas, comme la plupart,
dans les fissures de ton corps
et la famine de tes entrailles
mais en me cachant, déserteur,
successeur honteux d’un règne merveilleux

Si je ne veux rien de tout cela,
Voici le temps

Avec des sons et des paroles fortifiées
à ton visage poreux de me ranger,
comme une belle en armes
de briller tout encre

STACIONI I FUNDIT

është diku një qytet
një stacion që vetëm pret
e s'përcjell kurrë

aty gjeometrat e lodhur
i flakin hartat

është një qytet
që vetëm pret
e s'përcjell kurrë
një kopsht me lule
ku s'dua të shkoj
pa e thithur pluhurin
e rrugëve të mia




Eqrem Basha


Il est né à Dibra en 1948. IParallèlement à sa production poétique, il a traduit des pièces de dramaturges français.

Le poème présenté ici est extrait de Il gèle dans mon coeur (1989)
Traduction d'Alexandre Zotos

STATION FINALE

Il est dit-on une ville
avec une gare où l'on descend
mais d'où jamais l'on ne repart

là les géomètres fatigués
se débarrassent de leurs cartes

une ville qui accueille seulement
et ne vous lâche plus
un jardin fleuri
où je refuse d'aller
sans respirer d'abord
la poussière de mes rues

Racconto ai guerra

Cifu un tempo
dove s'andava a trovare
rifugio Ira gli abêti,
camicie rosse o nere,
faice e teschiofusi
all'ora délia morte.
Era la stagione
dei miei anni dieci,
un gioco le granate dirompenti,
il crepitîo délia mitraglia in cielo
corne pioggia ai vetri —
ma erano pochi ifiori
e fosse comuni i cimiteri.
Fu lunga notte d'agonia,
ora capisco il volto del vecchio
che tréma nel racconto,
già vinto infuga
sulla tradotta grigioverde cheportava
m Grecia e in Albania.
Dalle mie parti passavano
con la casacca azzurra
o la penna nel cappella
le anime grigie di chi
ha bruciato gli anni nella guerra.
Per l'incoscienza delfanciullo
sembravano belli alla sfilata,
invidiavo l'eîàfelice che consente
l'aîtenti alfischio del nostromo.
Ora qui c'è pace,
eppure talvolta dal sonno
strappa la sirena un grido,
il fischio dell'ala lacerata
che precipita nel vuoto :
per i figli ignari nelle stanze
chiedo un domani senza spettri,
campi senza lapidi nell'erbaspada.



Franco Prete

 


Traduction de Marie Vrinat

Récit de guerre

Il fut un temps
où l'on allait se réfugier
au cœur des sapins,
chemises rouges ou noires,
faucille et tête de mort confondues
à l'heure où l'on meurt.
C'était la saison
de mes dix ans :
un jeu, les grenades explosives,
la mitraille crépitant dans le ciel
comme pluie sur les vitres —
mais les fleurs étaient rares
et les cimetières des fosses communes.
Ce fut une longue nuit d'agonie,
je comprends à présent le visage du vieux
qui tremble à raconter
sa fuite de vaincu, alors
que le convoi gris-vert remportait seulement
vers la Grèce et l'Albanie.
C'est par chez moi qu'elles passaient,
casaque bleue
ou la penne au chapeau,
les âmes grises de ceux
qui avaient brûlé leurs années à la guerre.
Pour le gosse insouciant,
qu'il semblait beau, leur défilé,
j'enviais l'âge heureux où l'on consent
au garde-à-vous que siffle un quartier-maître.
Ici maintenant c'est la paix,
parfois pourtant la sirène
arrache un cri à mon sommeil,
le sifflement de l'aile lacérée
s'abattant dans le vide :
pour les enfants innocents dans leurs chambres
je demande un lendemain sans spectres,
des champs sans tombes parmi les lames d'herbe.



Guéorgui Gospodinov


Guéorgui Gospodinov est né en 1968. Il est l’un des auteurs phares de la jeune génération des écrivains bulgares. Poète, dramaturge, romancier, nouvelliste, il collabore à plusieurs journaux.


Traduction de Marie Vrinat

AUX BLONDES

A une brune

Je commence par les femmes blondes
en elles la légèreté
en elles la festivité
comme si elles avaient lu Pasternak
comme Burns
comme un cierge
une flamme jaune
comme un champ de blé
comme un cœur dans le seigle
et moi je l’attrape
et moi le moissonneur
aux femmes blondes
je les décris de mémoire
en elles sentiment
en elles films
couleur en elles chansonnettes
du rouge à lèvres en trop et un grain de beauté
en elle Ah
venu naturellement
en elle le naturel
en elle tout un monde
leurs larmes sont légères
stéarine
leurs larmes sont Yellow submarine
nul ne croit en leurs larmes
aux femmes blondes

 

 



Georges Jean


Georges Jean est né à Besançon. Toute sa vie, il a oeuvré pour le développement de pratiques de la poésie vivante à l'école. Il vit en Sarthe.

Le poème présenté ici est extrait de Les mots du ressac (éditions Seghers, 1975)

Arbres
Tendues les mains qui griffent les nuages
Tombent de noirs oiseaux

La boue monte

Les feuilles s'agitent plus haut encore

Les branches me traversent se perdent dans les dernières ramures du sang
Elles parlent autour de mes doigts

La respiration du jour se fait ici

Le matin le crépuscule je les appelle ici

Je les couvre d'enfance

Je broie les écorces

Ici le temps se mesure à la tranche d'un chêne abattu

Et les reflets du ciel dans les ornières froides

Enracinent ton image dans mon ventre.

Lullaby

à Brenda Meehan

My sister is sleeping
and makes small murmurs
as she turns in a dream

she is swinging a child
under the shade of
a lilac tree blooming

in a garden in springtime
my sister is sleeping.

The rain falls
on Finglas
to each black roof

it lashes a story
of time on the ocean
of moon on the river

and flashes down drainpipes
into deep gutters.

My sister is sleeping
her hands full of blossoms
plucked for the child

who dreams in her womb
rocked in tall branches
close to the stars

where my sister is sleeping
within her small child.



Paula Meehan


Paula Meehan est née à Dublin (Irlande) en 1955. Elle est très impliquée dans la vie associative, animant des ateliers d'écriture dans les prisons, favorisant les initiatives pour lutter contre l'illetrisme,et s'impliquant dans les actions en faveur des femmes en difficultés.


Traduction de Anne Bernard Kearney et Nicole Laurent-Catrice

Berceuse

à Brenda Meehan

Ma soeur est endormie
elle murmure doucement
en se retournant dans son rêve

elle balance un enfant
à l'ombre d'un
lilas épanoui

dans un jardin au printemps
ma soeur est endormie.

La pluie tombe
sur Finglas
sur tous les toits noirs

elle crache une histoire
de son temps sur l'océan
de lune sur la rivière

elle lâche ses trombes
de gouttières en caniveaux.

Ma soeur est endormie
les mains pleines de fleurs
cueillies pour l'enfant

qui rêve dans ses entrailles
bercé dans les hautes branches
tout près des étoiles

où ma soeur est endormie
à l'intérieur de son enfant.



Kiril Kadiiski


Kiril Kadiiski est né à Kustendil (Bulgarie) en 1947. Journaliste, il est actuellement responsable des traductions de la poésie française aux éditions Narodna Kultura.


Traduction de Sylvia Wagenstein et Nicole Laurent-Catrice.
Ce poème est extrait du recueil
Plume de Phénix paru aux
Cahiers Bleus
/ Librairie Bleue.

Souvenir obsédant

Jusqu'au soir près de la vieille caserne
j'ai fait paître les pissenlits-canetons...

Un soldat arrive. Devant lui l'ombre court
et renifle dans l'herbe poussiéreuse.

Il est là tout près. Mais tranquillement
à travers les fils de fer entrent les canetons.

Là, dans la cour mystérieuse où sonne
l'irrésistible trompette militaire

qui, comme le soleil, cache tout le reste
aux yeux des enfants, de plus en plus grands.

C'est le seul souvenir qui m'en reste.
Mais un coeur bégayant me suffit.

Marqué d'une ombre de barbelé,
telle la meurtrissure d'un fléau brutal.

Streëza ime

Gurët e shtëpisë sime
Në shriptin tënd kanë hedhur rrënjë
Dritarja ime
Eshtë syri yt i paqtë ,
Dhe porta, në zemrë n tënde
Gjithnjë e hapur rri,
Oxhaku im, ka prishin e gëzimit tënd fëminor,
Pema ime e bajames
mbi të bulë zojë,
Livadhi im,
Mbi pëllë mbët e tua shtrihet
Duke pritur pranverën,
Vonë pas mesnate, i lodhur kthehem
Të prehem në shtëpinë time.



Luan Rama


Luan Rama est né à Tirana et 1952. Journaliste, cinéaste, diplomate, il a reçu le "Prix Littéraire Européen 2000" de l'Association des Ecrivains de Langue Française.


Traduction de Solange d'Angély et Luan Rama.
Ce poème est extrait du recueil
Couvrez-moi avec un morceau de ciel paru aux
éditions du Petit Véhicule.

Ma maison

Les pierres de ma maison
Dans ton âme sont enracinées,
Ma fenêtre
Est ton regard serein,
Ma porte dans ton coeur
Reste toujours ouverte,
Ma cheminée
A les braises de ta joie,
Mon amandier sur ton sourire
A fleuri tous ses bourgeons,
Ma prairie
Dans tes bras s'endort
En attendant le printemps,
Tard dans la nuit
Fatigué je rentre me blottir
Dans ma maison

La poésie prend langue(s)

La Toile de l'Un
© Alain Boudet