La poésie prend langue(s)
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Poètes contemporains d'Europe
Poètes amérindiens contemporains

Des mini antho bilingues...


Et des extraits d'un recueil à paraître en français, allemand, espagnol et anglais : A vif.

Découvrez des poèmes en version bilingue

Dans l'acte d'écrire, chaque poète pétrit sa langue, maternelle le plus souvent. Il l'écoute, il la dit, il l'écrit. Chaque poème obtenu a quelque chose qui appartient à cette langue. Une musique, une syntaxe, un sens. Il faudrait pour le partager au mieux, le rejoindre, parler la langue du poème. Et pourtant, chaque lecteur a quelque chose à gagner à partager l'étrangeté singulière de tous les poèmes du monde, même s'il faut pour cela en passer par la traduction lorsque l'on ne peut appréhender un poème dans sa langue d'origine. Cette rubrique voudrait faire goûter un peu de cette pulpe des mots des autres, écrits dans d'autres langues que la langue maternelle du lecteur.

J'ai fait appel à des collaborateurs, souvent poètes eux-mêmes, toujours lecteurs de poésie, qui ont à la fois les compétences linguistiques et la sensibilité poétique qui permettent de faire du poème traduit un espace d'échange, dans le respect, autant que possible, de l'auteur.

Et aussi des mini florilèges ...




Merci pour les traductions qui suivent à Dany Fontaine, Jacques Canut et François Beaugey (Espagnol), Rüdiger Fischer et Françoise Bourreau (Allemand), Cléanie Cathala (Portugais) et Michèle Poslaniec (Anglais)

Tous les poèmes présentés ici le sont avec l'aval des auteurs et/ou des éditeurs qui restent propriétaires des droits. Aucune reproduction ne saurait être effectuée sans leur accord. Les traductions restent la propriété des traducteurs et ne peuvent être utilisées sans leur autorisation.

Tu contemples
Le vent qui lève
Une île sans rivière
Une barque de feuilles.

Tu te choisis des mains
De lune ou de soleil.

Tu sépares
L'eau du ciel.
Tu fais des pas
A franchir les planètes.
Tu effaces
Le gris du monde.


Jacqueline Held

Tú contemplas
el viento que se levanta
una isla sin río
una barca de hojas.

Tu escoges unas manos
de luna o de sol

Tú separas
el agua del cielo
Tú das pasos

que salvan los planetas
Tú borras
lo gris del mundo

Traduction de François Beaugey

Voltiger
C'est marcher dans l'herbe
Sans écraser un seul brin
C'est plus facile d'être oiseau
Mais quelle prison
Ce ciel uniquement.

Véronique Wautier
douce la densité du bleu
l'arbre à paroles 2002


Revolotear
Es andar en la hierba
Sin aplastar ni una brizna
Es más fácil ser pájaro
Pero qué cárcel
Este cielo únicamente.

Traduction de Dany Fontaine

(...)
Talvez eu seja ignorante
Talvez a minha mente seja como a mente
De um louco
Talvez eu seja apenas um espelho
Que nada recusa nem aprisiona
Mas os outros que vivem comigo
Estão cheios de carências e vão morrer
Porque não sabem que transportam em si
O vaso et a semente.

Casimiro de Brito
Nem senhor nem servo
Editions l'arbre à paroles 2002

(...)
Peut-être suis-je ignorant
Peut-être mon esprit est-il comme l'esprit
D'un fou
Peut-être ne suis-je qu'un miroir
Qui rien ne refuse ni n'emprisonne
Mais les autres qui sont avec moi
Sont pleins de besoins et vont mourir
Parce qu'ils ne savent pas qu'ils transportent en eux
Le vase et la semence.

Traduction de Robert Massart

Il me suffit d'un arbre

Pour approuver le vent
Il me suffit d'une herbe

D'un souvenir
Pour que le ciel s'éclaire

De ton regard
Pour donner sens au monde.

Hélène Cadou
Retour à l'été - Maison de poésie, 1993

Para acansar la sombra
Sólo necesito un árbol

Para acansar el viento
Sólo necesito una hierba

Sólo un recuerdo
Para que el cielo se ilumine

Sólo tu mirada
Para dar sentido al mundo

Vuelta al verano
Traducido por Dany Fontaine

Il est des amours étonnées
Dont la lenteur
Ira plus vite
Que la mort.

Existen amores maravillados
en los que la lentitud
Irá más de prisa
Que la muerte.

Voltiger
C'est marcher dans l'herbe
Sans écraser un seul brin
C'est plus facile d'être oiseau
Mais quelle prison
Ce ciel uniquement.

Véronique Wautier
douce la densité du bleu
l'arbre à paroles 2002

Revolotear
Es andar en la hierba
Sin aplastar ni una brizna
Es más fácil ser pájaro
Pero qué cárcel
Este cielo únicamente.
Traductions de Dany Fontaine

Soleil, enjeu d'un sublime défi.

Poète,
sa légende le
métamorphose
planète de lumière gravitant
autour d'un astre fantasque :
l'admiration.

Dans l'ombre des archives
des chefs-d'oeuvre attendent
la fin du monde.

Jacques Canut
Passeport confidentiel
Clapas 1997

Sol, ensejo de sublime desafio.

Poeta
sua legenda o
transmuta
planeta de luz gravitando
en torno dum astro bizarro :
admiraçao.

Sob a sombra dos arquivos
obras-primas espreitam
o mundo findar.

Traduction de Irineu Volpato

J'écoute, comme si l'odeur
Des fleurs m'éveillait…
C'est la musique-floraison
D'influx et de leurre.

Impalpable souvenir,
Sourire de personne,
Avec cet espoir
Qui n'a pas même d'espoir.

Qu'importe, si sentir
C'est ne pas se connaître ?
J'écoute et sens sourire
La part de moi qui ne veut rien.

Oiço como se o cheiro
De flores me acordasse…
E música--um canteiro
De influência e disfarce.

Impalpável lembrança,
Sorriso de ninguém,
Com aquela esperança
Que nem esperança tem…

Que importa, se sentir
E não se conhecer ?
Oiço, e sinto sorrir
O que em mim nada quer.

Fernando Pessoa 21 août 1933
Traduction Cléanie Cathala

LA BETE

J'ai vu hier une bête
dans les immondices de la cour
qui recherchait de la nourriture parmi les détritus.

Quand elle trouvait quelque chose,
elle ne l'examinait pas, ne la reniflait pas :
elle l'avalait avec voracité.


La bête n'était pas un chien,
n'était pas un chat,
n'était pas un rat.

La bête, mon Dieu, c'était un homme.

O BICHO

Vi ontem um bicho
na imundície do pátio
catando comida entre os detritos.

Quando achava alguma coisa,
não examinava nem cheirava :
engolia com voracidade.

O bicho não era um cão,
não era um gato,
não era um rato.

O bicho, meu Deus,
era um homem.

Manuel Bandeira Rio - 1947 (poète brésilien 1876 -1968)
Traduction Cléanie Cathala


Des mots
tu connais l'étincelle

Tu saisis les cris d'oiseaux funambules
dans les rebonds du vent

A l'orée du chant
tu ramasses des copeaux de silence
pour le brasier des voix

Tu écartes du paysage
un reflet qui doute

Et aucun jour ne passe
sans que tu aies trouvé
de chaque ombre
la lumière.

Alain Boudet (inédit)

Das palavras
você conhece a faísca

Percebe os gritos de pássaros funâmbulos
nos redemoinhos do vento

No limiar do canto
apanha lascas de silêncio
para o braseiro das vozes

Afasta da paisagem
um reflexo que duvida

E nenhum dia passa
sem que tenha achado
de cada sombra
a luz.

Traduction de Cléanie Cathala (selon la norme brésilienne)

Le temps vient d'une parole douce,
compagne qui a survécu aux hivers
dans le pays où rien n'est perdu,
étrangères aux lois du monde familier.

On essaie d'habiter l'intérieur de soi
de ses propres voeux, sans relâche
vers une réalité possible à transcrire.
Le poids du corps fait bouger la terre.

Dans le relatif absolu, le fugace durable,
l'être debout sur le seuil écoute
son plus grand mystère, ses mains
fleurissent lentement à l'écho d'un soleil.

Jacques Tornay
Couleurs d'origine - Froissart 2001

El tiempo viene de una palabra suave
compañera que ha sobrevivido a los inviernos
en el país donde nada se pierde
extraña a las leyes del mundo familiar.

Uno procura vivir el interior de sí mismo
con sus propios deseos, sin descanso
hacia una realidad que se puede transcribir.
El peso del cuerpo mueve la tierra.

En el relativo absoluto, el fugaz permanente,
el ser de pie en el umbral escucha
su mayor misterio, sus manos
florecen lentamente en el eco del sol.

Traduction de Dany Fontaine


Ils vont et viennent,
ce sont toujours les mêmes,
ils ont des étincelles au bout des doigts
ils ont dix, vingt, soixante et trente annnées
ils sont la foule, ils ont tous des visages d'amour
même si leurs bouches sont vieilles et usées,
ils sont en moi, et je les croise avec respect
en tâtonnant leur âme doucement, comme un voyageur d'astres
perdu en rêve là-bas, au pays de la transparence d'aimer.

Michèle Lévy
Un coeur poussé vif
Editions Saint-Germain-des-Prés


Van y vienen
son siempre los mismos,
tienen chispas en la punta de los dedos
tienen diez, veinte, sesenta y treinta años
son la multitud, tienen caras de amor
aunque sus bocas sean viejas y usadas
están en mí y los cruzo con respeto
buscando sus almas suavemente, como un viajero de astros,
perdido en su sueño allá, en el país de la transparencia de amar.

Michèle Lévy
Un coeur poussé vif
Traduction de Dany Fontaine

Le mot poésie est un mot oiseau
Un mot pour les soirées sans fantômes
Un coup de gong dans la poudre blanche de l'été
Un mot de contrebande
Un mot enfant. L'herbe dans les cheveux de la pluie
Un mot de hurlement
De saisie
D'être
De Temps
De Temps surtout.

Georges Jean
Les mots entre eux - Seghers 1969


La palabra poesía es una palabra ave
Una palabra para las noches sin fantasmas
Un gong en el polvo blanco del verano
Una palabra de contrabando
Una palabra niña. La hierba en el pelo de la lluvia
Una palabra de aullido
De comiso
De ser
De tiempo
De tiempo sobre todo

Georges Jean
Seghers, 1969 Traduction de François Beaugey

Enfants
comptant les points noirs
sur le dos des coccinelles

elles montaient
le long de nos doigts

s'immobilisaient
un instant
au sommet de l'un d'eux

comme tâtant l'air
cherchant la direction
avant de s'envoler

et nous longuement
les suivant
dans le bleu de la lumière.

Dagadès
tout ce qui résiste - le dé bleu


Niños
contando los puntos negros
en los lomillos de las mariquitas

se subían
por nuestros dedos

se paraban
un rato
en lo alto de uno ellos

como tenteando el viento
buscando el rumbo
ante de volarse

y nosotros tanto tiempo
siguíendolos
en el azul de la luz

Dagadès
todo lo que resiste - le dé bleu

Traduction de François Beaugey


Je voyageai sans imaginer que la haine
empoisonne tout pays.

Je découvris le plus profond
du puits de mon existence,
le méprisable visage de la planète.

Progresserons-nous sans mentir
sans blesser ?

Au désert,
en exil,
comment mesurer
le chemin parcouru ?

Jacques Canut
Semailles - Alicia Gallegos editora (Buenos Aires)

Viajé sin pensar que el odio
envenena todo pais.

Descubri lo mas profundo
del pozo de mi existencia,
el rostro despreciable de la planeta.

Progressaremos sin mentir,
sin herir ?

En el desierto,
en el destierro,
como medir
el camino recorrido ?

Jacques Canut
Siembras - Alicia Gallegos editora (Buenos Aires)
Traduction de l'auteur

 

Les vagues volent
jusqu'à la plage
abandonnant leurs ailes
mouillées

Jacques Canut
La Fête de la vie - Editions En Forêt

 

Die Wellen fliegen
an den Strand
lassen dort irhe
nassen Flügel

Jacques Canut
Das Fest des lebens - Verlag im Wald
traduction Rüdiger Fischer

Dans le vieil ormeau mort debout,
Dans ce squelette à contre-ciel
Qui tient tête au vent noir,
Notre mémoire bat toujours.

Il avait charge de ce monde,
Nous mêlait à l'enfance des fables,
A ses viviers d'étoiles tutélaires,
A ces milliers d'oiseaux enfuis
Par la brèche du temps.

Il nous garde vivants
Dans sa houle de songes.

Il nous aide à tenir
Encore un peu.

Pierre Gabriel
Pour un temps (L'Arbre à Paroles, Amay 1990)
in La Fête de la vie - Editions En Forêt

In der alten, aufrecht gestorbenen Ulme,
In diesem vor dem Himmel aufragenden Skelett,
Das dem schwarzen Wind trotzt,
Schlägt unsre Erinnerung immer noch.

Sie hatte die Welt zu hegen,
Verband uns mit der Märchenkindheit,
Mit ihren Fischteichen voll schützender Sterne,
Den Tausenden von Vögeln,

Die durch die Bresche der Zeit geflohen sind.

Sie hält uns am Leben
Im Wogen ihrer Träume.

Sie hilft uns auszuharren,
ein wenig noch.

Pierre Gabriel
in Das Fest des lebens - Verlag im Wald
traduction Rüdiger Fischer

 

Cette branche dans les fougères
était un cerf rouge
s'abritant de la pluie

***

That branch among the fern
was a red stag
sheltering from the rain

 

Dans le silence vert et mouillé
du bois de pins
le cri noir du corbeau

***

In the wet green silence
of the pine wood
a crow's black call

 

Absorbée par son travail
ne disant mot -
l'araignée

***

Getting on with the job
never saying a word -
the spider

Kenneth White - Trois haïkus extraits de L'Anorak du goéland - L'instant perpétuel 1987 - Traduction de l'auteur

 


© Alain Boudet